Dans un contexte politique marqué par de fortes tensions verbales et des prises de position publiques de plus en plus tranchées, Super Star ouvre ses colonnes à l’expression libre des idées, conformément aux principes du pluralisme démocratique. Le texte ci-dessous est un libre propos signé par son auteur, qui engage exclusivement sa responsabilité intellectuelle, morale et politique. Il s’inscrit dans le débat public et appelle à la réflexion sur les limites de la parole politique et ses conséquences sur la stabilité républicaine.
Notre pays a fait le choix de la démocratie depuis 1990. Tel un nouveau-né, son premier gémissement fut l’instauration assumée du pluralisme politique et, comme un adolescent, il se découvre et explore encore le monde. Les élections et les luttes sociales ne sont rien d’autre que les manifestations de son cheminement progressif vers l’âge adulte.
Notre devoir, celui de tous les républicains et patriotes, est de détecter, dénoncer et condamner, avec véhémence et fermeté, tout symptôme qui alerte sur l’arrivée d’un danger. En un mot, nous devons protéger notre jeune démocratie.
C’est ici, pour moi, l’occasion de condamner publiquement les propos dangereux, antirépublicains et antidémocratiques de Monsieur Alain Claude BILIE BY NZE sur la chaîne de télévision française TV5 Monde.
En dépit d’une cohérence d’ensemble de son entretien, doublée d’une pertinence formelle, ses propos me choquent par leur violence inouïe.
Lorsqu’il déclare que « sept ans de règne de ce régime ne sont pas possibles », que « le peuple va s’exprimer » et que « les opposants prendront leurs responsabilités », c’est clairement annoncer la chute anticipée de l’actuel Président de la République, président pourtant élu démocratiquement, faut-il le rappeler, par plus de 95 % des Gabonais votants.
S’il est légitime de critiquer son adversaire politique, et même d’être dur à son égard, il est cependant intolérable d’user de violence, quelle qu’elle soit et quelle qu’en soit la raison. User de violence est un crime. En effet, Monsieur Alain Claude BILIE BY NZE n’a rien fait d’autre qu’appeler les populations à l’insurrection et à la révolte.
Dans sa verve habituelle, et sans s’en rendre compte, il insulte l’intelligence des enseignants, des Gabonais intelligents et même des pays amis du Gabon. En disant que « les enseignants veulent l’argent », il limite la lutte des enseignants à des préoccupations uniquement pécuniaires. Ainsi, toutes les autres revendications liées aux conditions d’apprentissage des élèves — effectifs pléthoriques, manque de lieux d’aisance, etc. sont dénuées de sens.
Tout comme dire que la dette colossale du Gabon aujourd’hui est du seul ressort du pouvoir actuel est la marque indélébile que Monsieur Alain Claude BILIE BY NZE prend les Gabonais pour des débiles amnésiques. Car, pour lui, nous sommes incapables de nous souvenir que ce sont les gouvernements successifs auxquels il a appartenu, pendant quatorze ans sans discontinuer, qui ont arrêté les recrutements, les concours, les avancements automatiques, etc., dans la fonction publique, et ce, pour la grande misère du peuple gabonais, pendant que les « coca » de deux milliards circulaient.
Il oublie même que le peuple gabonais est en droit de se demander aujourd’hui à quoi ont servi les cinq mille milliards de dettes que son gouvernement a laissés en héritage à l’actuel pouvoir. À rien, bien évidemment !
Aussi parle-t-il d’un échec diplomatique, parce que les visas américains et australiens seraient désormais refusés aux Gabonais. Mais est-il sérieux, lui, ancien ministre des Affaires étrangères, d’ignorer que le 30 août 2023 est le point culminant d’une diplomatie en échec ? En effet, comment peut-on ignorer que sa diplomatie a été mise en échec lorsque presque tous les pays amis ont salué, sinon à demi-mot, le coup de libération, en dépit du « Make Noise » du président déchu ?
Je reste convaincu que Monsieur Alain Claude BILIE BY NZE est bien conscient de ses échecs. Il souhaite la révolte populaire pour prendre le pouvoir qui lui a été refusé le 12 avril 2025. Dans tous les cas, il y travaille.
Pour cela, il a déjà envisagé la tenue des états généraux pour assurer une autre transition politique au Gabon. La question est : doit-on instaurer le coup d’État permanent dans notre pays ?
Dr Éric-Simon ZUE OBIANG
Philosophe de l’éducation et de la religion – Spécialiste en sciences sociales
Enseignant-chercheur / Homme politique
Mot de la rédaction
En publiant ce libre propos, Super Star réaffirme son attachement à la liberté d’expression, pilier fondamental de toute démocratie, tout en rappelant que cette liberté s’accompagne d’une responsabilité particulière lorsque les mots peuvent influencer l’opinion et le climat social. Les analyses, jugements et positions exprimés dans ce texte n’engagent que leur auteur. Ils participent néanmoins au débat citoyen que notre magazine entend encourager, dans le respect des institutions, de la paix sociale et de l’intelligence collective des lecteurs.
