Des fortunes qui explosent, des palais qui sortent de terre et un train de vie qui interpelle : le changement de régime a-t-il réellement changé les règles du jeu ?
Au Gabon, les régimes changent, mais certaines interrogations demeurent. Depuis l’époque d’Omar Bongo jusqu’au pouvoir d’Ali Bongo, la proximité avec le sommet de l’État a souvent été associée, dans le débat public, à l’accumulation spectaculaire de richesses.
Après la rupture politique de 2023, une question revient aujourd’hui : le système a-t-il réellement changé ou les bénéficiaires ont-ils simplement changé de visage ?
Des résidences luxueuses, des véhicules de prestige et des constructions dont les coûts sont parfois évoqués à plusieurs milliards de francs CFA alimentent les conversations. Ces éléments ne constituent évidemment pas, à eux seuls, des preuves d’enrichissement illicite. Une fortune peut parfaitement avoir une origine légale.
Mais lorsqu’un responsable public ou une personnalité évoluant au cœur du pouvoir voit son patrimoine progresser rapidement, une question demeure légitime : d’où viennent les ressources ?
Revenus, activités privées, investissements, financement des acquisitions, propriétaires réels des sociétés, éventuels liens avec les marchés publics : autant d’éléments qui devraient pouvoir être vérifiés lorsque la loi l’exige.
Le vrai sujet : la transparence
Le problème n’est pas qu’un responsable soit riche. Le problème serait qu’une richesse importante ne puisse être expliquée ou qu’elle soit liée à des pratiques illégales.
C’est précisément le rôle des mécanismes de contrôle : vérifier les déclarations de patrimoine, prévenir les conflits d’intérêts et examiner les éventuels liens entre responsables publics et intérêts privés.
Dans un pays confronté au chômage, aux difficultés sociales et au coût élevé de la vie, le contraste avec certaines fortunes spectaculaires rend cette exigence encore plus forte.
Le nouveau pouvoir avait promis une rupture avec les pratiques du passé. Il est donc attendu sur un point essentiel : acceptera-t-il que les mêmes exigences de transparence s’appliquent à ses propres réseaux qu’à ceux des anciens régimes ?
Changer les hommes ne suffit pas
Une véritable rupture ne consiste pas seulement à remplacer les anciennes élites par de nouvelles.
Elle suppose des institutions capables de contrôler les patrimoines, d’enquêter lorsque des incohérences apparaissent et de sanctionner les infractions établies par la justice sans distinction entre alliés, opposants, anciens ou nouveaux responsables.
Il ne s’agit donc ni de faire la chasse aux riches ni de transformer chaque fortune en accusation de corruption. Il s’agit simplement de poser une règle valable pour tous : lorsqu’une richesse est légale, elle doit pouvoir être justifiée ; lorsqu’un doute sérieux existe, il doit pouvoir être vérifié.
Après des décennies de pouvoir Bongo et une nouvelle séquence politique ouverte en 2023, le Gabon se trouve face à un test majeur.
Les anciens privilégiés seront-ils simplement remplacés par de nouveaux privilégiés ?
Ou le pays va-t-il enfin instaurer une gouvernance dans laquelle la proximité avec l’État ne sera plus synonyme d’enrichissement inexplicable ?
La question reste entière : le Gabon a-t-il changé de régime… ou seulement de nouveaux riches ?






