Par Freedy-Bechtel Bechtel NKOGHE ONDO BITEGHE
Il y a deux ans encore, beaucoup de Gabonais croyaient vivre un tournant historique. Après la chute du régime Bongo, le pouvoir de transition promettait une nouvelle ère : emplois publics relancés, infrastructures en chantier, et même la création d’entreprises d’État comme Taxi Gab ou Fly Gabon. Dans l’enthousiasme général, on répétait partout : « Oligui va redonner du travail aux Gabonais ».
Mais cette euphorie n’a pas duré. Depuis quelques mois, le discours officiel a changé de ton. L’État, dit-on, aurait fait sa part. Aux citoyens maintenant de se prendre en main et de devenir entrepreneurs.
En d’autres termes, si tu es au chômage, c’est que tu n’essaies pas assez.
Cette nouvelle rhétorique marque un tournant politique. Derrière les appels à « l’esprit d’entreprise » se cache un désengagement progressif de l’État vis-à-vis de sa responsabilité sociale.
Pourtant, la Constitution gabonaise est claire : il incombe à l’État de garantir le droit au travail, de soutenir la formation professionnelle et de développer des politiques qui favorisent l’emploi durable. Transférer ce fardeau vers les citoyens revient à rompre avec les principes mêmes de la transition.
Dans les faits, rien ne prouve que le gouvernement mise sincèrement sur l’entrepreneuriat local. En 2024, 93 % des marchés publics ont été attribués de gré à gré. La plupart ont profité à des entreprises étrangères, dont la très médiatisée EBOMAF. Résultat clair : les PME gabonaises, déjà fragiles, restent à l’écart des circuits économiques qui pourraient pourtant les faire vivre. Pendant ce temps, le budget national continue de privilégier l’armée au détriment de la formation et de l’emploi.
Le choix est révélateur : on sécurise le pouvoir, mais on néglige l’investissement dans le capital humain.
Au Gabon, la réussite dépend encore plus de sa proximité avec le pouvoir que de ses compétences.
Les médias parlent davantage d’inaugurations que d’initiatives économiques. On inaugure des cités administratives ou des bâtiments officiels, alors qu’on attend toujours une véritable « Cité des entreprises » ou un pôle d’innovation pour les jeunes porteurs de projets.
Créer une entreprise au Gabon relève de la croix et de la bannière. Les formalités sont lourdes, la corruption omniprésente, les réseaux indispensables. Sans appuis politiques, il est difficile d’obtenir un agrément ou un marché. Beaucoup de jeunes finissent par baisser les bras, non par manque d’ambition, mais faute de conditions favorables. Même les petits métiers liés à l’entretien des routes, des écoles ou des bâtiments publics, véritables gisements d’emplois, sont minés par le détournement des fonds de maintenance.
L’entrepreneuriat n’est pas un slogan. On ne crée pas une culture entrepreneuriale en répétant « créez vos entreprises ». Il faut un cadre, un système de formation, de financement et d’accompagnement. Deux ans après la transition, aucun programme structuré n’existe. Le gouvernement préfère se défausser, accusant implicitement les Gabonais de paresse ou de résignation.
Tant qu’on n’affrontera pas les vraies causes du chômage corruption, exclusion des PME locales, manque de financement, désintérêt pour le travail productif le discours sur l’entrepreneuriat ne sera qu’un écran de fumée. L’entrepreneuriat doit être une arme pour la souveraineté économique, pas une excuse pour justifier l’inaction publique. Car un État qui abandonne sa jeunesse à elle-même ne construit pas une nation : il prépare une crise.





