Il existe au Gabon une véritable faune numérique. On y trouve les activistes du palais, les activistes de l’opposition et les électrons libres. À chacun son camp, à chacun ses parrains, à chacun sa mission. Les premiers applaudissent tout ce qui vient du pouvoir, les seconds voient le mal partout, et les troisièmes changent parfois de boussole au gré des vents… ou des portefeuilles.
Dans cette jungle où les publications valent parfois plus qu’un meeting politique, certains se sont spécialisés dans les coups bas : insultes, révélations ciblées, attaques contre les familles, règlements de comptes. Une Une petite minorité tente encore de jouer le rôle de lanceur d’alerte avec une critique constructive. Les autres préfèrent le vacarme au débat.
Wilfried Okoumba s’est imposé comme l’un des personnages les plus controversés de cet univers. Ses prises de parole, souvent jugées extrêmement virulentes, lui ont valu de nombreuses critiques, notamment pour des propos que plusieurs de ses détracteurs considèrent comme hostiles à la communauté Fang et à des personnalités originaires du nord du Gabon. Ses sorties répétées ont alimenté les tensions et suscité l’indignation de nombreux Gabonais.
Puis est venu son retour au Gabon.
Là où certains espéraient une communication limpide, c’est la confusion qui s’est invitée. Une version officielle évoquant un retour pour des raisons familiales a été largement contestée par ses opposants, qui y ont vu une tentative de sauver les apparences. Dans les quartiers, sur les réseaux sociaux et jusque dans les maquis, la même question revenait : qui protège donc Wilfried Okoumba ?
Aujourd’hui, le décor semble avoir changé. Des annonces de plaintes se multiplient, des collectifs de citoyens disent vouloir saisir la justice, et la pression ne cesse de monter. Celui qui passait hier pour un soldat utile serait-il devenu un dossier encombrant ?
En politique, les protecteurs adorent les boucliers… jusqu’au jour où le bouclier devient un fardeau.
Wilfried Okoumba ressemble désormais à ce petit caillou qui s’est glissé dans une chaussure neuve : au départ, on l’ignore ; ensuite il gêne ; puis il fait boiter ; et finalement on n’a plus qu’une obsession : s’en débarrasser.
Ses soutiens d’hier doivent aujourd’hui mesurer le prix politique d’un personnage devenu impossible à porter sans provoquer des interrogations. Car un allié controversé peut rapidement se transformer en embarras national.
La justice dira ce qu’il en est des différentes procédures annoncées. Mais sur le terrain politique, une chose paraît déjà acquise : lorsque celui qui devait attaquer les autres finit par attirer tous les projecteurs sur lui-même, il cesse d’être un atout.
Et dans les coulisses du pouvoir, comme dans celles de l’opposition, personne n’aime marcher longtemps avec… un caillou dans la chaussure.





