Le « 16 », tant évoqué ces dernières semaines, n’a finalement plus été le 16. Selon des sources proches du dossier, l’architecte Bienvenu Erichk Mauro Ngumah aurait finalement été interpellé le 27 juillet.
À ce jour, aucune communication officielle n’a été faite ni par les autorités compétentes, ni par la famille de l’architecte, qui privilégie la discrétion sur cette affaire. Toutefois, plusieurs sources proches du dossier confirment cette information.
Responsable de la réalisation du monument George Rawiri, situé au bord de mer à Libreville, Bienvenu Erichk Mauro Ngumah dirigeait un chantier dont la livraison était prévue à l’occasion des festivités du 17 août, célébrant l’indépendance du Gabon. Mais l’ouvrage a accusé un retard au stade des finitions, une situation qui a visiblement irrité le chef de l’État.
Lors d’une visite du chantier, le président de la République s’était emporté verbalement contre l’architecte devant les caméras, lui lançant qu’il lui laissait jusqu’au 16 août pour livrer « son chantier », faute de quoi il « répondrait devant la justice ». Cette séquence, largement relayée par des médias proches de la présidence, est rapidement devenue virale sur TikTok et d’autres plateformes.
De cette affaire est né le désormais célèbre slogan : « Le 16, c’est le 16 », repris sur un ton d’amusement et de moquerie sur les réseaux sociaux. Le président de la République lui-même avait réutilisé cette formule lors de son voyage officiel en France, au cours de ses échanges avec la diaspora gabonaise.
Aujourd’hui, le « 16 » n’a finalement plus été le 16, mais plutôt le 27 juillet date de l’interpellation de Bienvenu Erichk Mauro Nguema.
Au-delà de cette interpellation présumée, cette affaire soulève plusieurs interrogations.
Tout en reconnaissant et en saluant le courage, la rigueur et la vision de bâtisseur du chef de l’État, une question demeure : pourquoi le retard d’un chantier a-t-il conduit à une exposition publique ayant profondément écorné l’image de celui qui est considéré par beaucoup comme l’un des porte-flambeaux de l’architecture gabonaise ?
À quoi visait un tel lynchage médiatique ?
Bienvenu Erichk Mauro Ngumah est un architecte reconnu à l’international pour son sérieux et son savoir-faire. Que s’est-il réellement passé derrière ce retard de chantier ? Jusqu’à présent, l’intéressé a toujours refusé de s’exprimer publiquement sur cette affaire, laissant place à toutes les spéculations.
Une autre interrogation concerne désormais la justice gabonaise : est-elle orientée pour s’en prendre à certains et non à d’autres ?
Ces dernières années, la presse a relayé de nombreuses affaires portant sur des crimes, des détournements massifs de deniers publics, aussi bien avant le coup d’État que sous le nouveau régime. Pourtant, plusieurs personnes citées dans ces dossiers, parfois présentées comme appartenant au cercle du pouvoir, n’ont jamais été interpellées.
Un officier supérieur réputé proche du palais présidentiel a également été cité dans une affaire de braquage, sans que cela ne conduise, selon les informations rendues publiques, à une détention comparable.
Il s’agit de la troisième fois que Bienvenu Erichk Mauro Ngumah fait l’objet d’une interpellation. Dès lors, une question revient avec insistance : pourquoi le retard d’un chantier semble-t-il susciter un tel acharnement de la part des autorités, alors que d’autres faits, parfois considérés comme plus graves par l’opinion, ne semblent pas connaître le même traitement ?
La rigueur de l’État s’applique-t-elle à tous de la même manière ?
Oui à la rigueur. Oui à l’exigence. Mais une rigueur appliquée à tous, sans distinction entre amis, proches, parents ou personnalités influentes. C’est à cette condition que les Gabonais pourront pleinement constater que la Cinquième République est véritablement au service de l’ensemble du peuple.






