À Libreville, le décor est désormais familier : discours solennels, assistance attentive et promesse renouvelée d’une administration exemplaire. Ce 14 avril 2026, Laurence Ndong, ministre de la Fonction publique et du Renforcement des Capacités, a officiellement lancé un séminaire consacré à la déontologie administrative. Un thème qui, à lui seul, sonne comme un aveu : l’urgence n’est plus à démontrer, elle est structurelle.
Dans une intervention parfaitement maîtrisée, la ministre a rappelé que la montée en compétence des agents publics s’inscrit dans les priorités définies par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Une orientation politique claire, répétée avec constance. Mais entre l’affichage stratégique et la transformation réelle de l’appareil administratif, la distance reste, elle, considérable.
Prévu jusqu’au 22 avril, ce séminaire ambitionne de refonder les bases d’une administration crédible, en remettant au centre des principes que l’on croyait intangibles : intégrité, éthique, sens du service public. Pourtant, leur évocation répétée trahit une réalité moins flatteuse : ces valeurs, bien que connues de tous, peinent encore à s’imposer dans les pratiques quotidiennes.
Sous la conduite d’Ondo Obiang Sylvestre, les travaux ont mis l’accent sur les comportements attendus des agents publics. En creux, le message est limpide : il ne suffit plus de maîtriser les règles, encore faut-il les incarner. Une évidence en théorie, mais qui, dans certaines sphères administratives, prend des allures de rupture.
La forte mobilisation membres du cabinet, directeurs, agents traduit un intérêt indéniable. Mais dans un système où la présence peut relever davantage du réflexe que de la conviction, une interrogation persiste : sommes-nous face à un véritable tournant ou à une énième mise en scène réformatrice appelée à s’éroder au contact des habitudes ?





Ci-dessus , images du séminaire
En introduisant une dimension culturelle, Laurence Ndong a appelé à un retour aux valeurs fondamentales comme socle de l’engagement public. Une approche ambitieuse, presque identitaire, mais qui ne vaudra que par sa traduction concrète sur le terrain. Car l’administration ne se réforme ni par les mots, ni par les séminaires, mais par la constance des actes.
Au fond, le véritable défi n’est pas pédagogique. Il est moral, systémique et profondément politique. Tout le monde sait ce que devrait être une administration exemplaire. Ce qui manque encore, ce n’est pas la connaissance c’est la volonté de rompre avec les pratiques qui la contredisent.
Le séminaire est lancé. Reste à savoir si, une fois les discours dissipés et les projecteurs éteints, l’administration gabonaise acceptera enfin de passer de l’intention à la transformation ou si, une fois de plus, la réforme s’arrêtera au seuil des bonnes intentions.





