À Ndzomoé et Bissobinam, la dégradation de l’axe routier et les tensions autour de la gestion d’une forêt communautaire ravivent une question lancinante : que sont devenues les instructions attribuées au chef de l’État en faveur du désenclavement des populations ?
Dans le département du Komo-Océan, la question des infrastructures routières reste au cœur des préoccupations des populations. À Ndzomoé comme à Bissobinam, l’état des voies de communication continue de compliquer les déplacements et l’accès aux services essentiels.
Cette situation prend une résonance particulière au regard des engagements publics pris par le président Brice Clotaire Oligui Nguema lors de son passage à Ndzomoé. Le 16 mars 2025, le chef de l’État avait reconnu les difficultés liées au déficit d’infrastructures et fait de la question routière une priorité pour cette partie du département. La Présidence de la République avait alors officiellement rapporté cette rencontre avec les populations de Ndzomoé.
Mais sur le terrain, la réalité semble encore bien éloignée des attentes.
Une forêt communautaire au cœur de la controverse
La polémique concerne également la gestion de la forêt communautaire attribuée à quatre villages du Komo-Océan.
Selon les éléments avancés par les responsables de l’association Mekok Me Mbone, cette forêt aurait produit très peu de retombées concrètes pour les populations durant plusieurs années. La situation aurait commencé à évoluer avec l’arrivée d’une nouvelle équipe conduite par Marie Yvette Missouké.
Cette dernière affirme avoir engagé une politique davantage orientée vers les besoins directs des communautés bénéficiaires : appui logistique, accompagnement médical et scolaire, soutien lors des événements sociaux ainsi que différents projets de développement local.
Parmi les réalisations et projets évoqués figurent notamment la construction d’une cité communautaire composée d’une dizaine de villas en bois, des études relatives à l’approvisionnement en eau potable, l’électrification solaire de certains espaces de vie ainsi que la formation de jeunes et d’adultes à la gestion de projets et aux activités génératrices de revenus.
Ces initiatives sont présentées par leurs promoteurs comme une nouvelle approche de la gestion des ressources communautaires : faire en sorte que les revenus tirés de la forêt bénéficient directement aux populations.
Des sources publiques attestent par ailleurs de l’existence et de l’ancienneté de l’association Mekok-Me-Mbone, qui regroupe notamment les villages de Nfoulezem, Makok, Nzolomogane et Konga.



Brice Clotaire Oligui Nguema lors de son passage à Ndzomoé le 16 mars 2025,
L’axe Ndzomoë-Bissobinam au centre des interrogations
C’est précisément sur la question routière que les tensions prennent aujourd’hui une dimension particulière.
Selon le récit livré par la responsable de l’association, lors d’une rencontre avec les populations de Ndzomoë, Brice Clotaire Oligui Nguema aurait demandé que les engins utilisés dans l’exploitation de la forêt communautaire puissent contribuer à l’ouverture et à l’entretien de l’axe Ndzomoë-Bissobinam.
Cette version rejoint, sur un point plus général, les déclarations publiques du chef de l’État concernant la nécessité de désenclaver Ndzomoë. En mars 2025, Oligui Nguema avait effectivement déclaré que l’absence de routes constituait un frein majeur au développement de la localité et annoncé son intention de s’attaquer à cette situation.
Mais la question demeure : qu’est-il advenu de cette volonté sur le terrain ?
Selon les responsables de Mekok Me Mbone, une modification ultérieure de la gouvernance de la forêt communautaire aurait écarté Marie Yvette Missouké de la conduite de certains projets. Elles estiment que cette situation aurait eu pour conséquence de ralentir, voire d’interrompre, plusieurs initiatives engagées au bénéfice des villages.
Une accusation qui, à ce stade, mérite naturellement d’être confrontée aux explications de l’administration concernée et des autres parties prenantes.
L’accident de Bissobinam relance la polémique
La question a resurgi avec force à la veille des célébrations du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon.
Un accident impliquant un tracteur utilisé pour le déplacement de personnes entre Ndzomoë et Bissobinam aurait fait plusieurs blessés, sans perte en vies humaines selon les informations rapportées.
L’épisode est venu rappeler de manière brutale les difficultés auxquelles sont confrontés les habitants de cette partie du département.
Pour parcourir une distance d’environ quinze kilomètres, les populations et certains agents auraient dû recourir à un engin qui n’est évidemment pas une solution normale de transport collectif.
L’accident pose donc une question qui dépasse largement le seul incident : combien de temps encore les habitants du Komo-Océan devront-ils composer avec des voies de circulation dans un état aussi précaire ?




Images de l’accident de Bissobinam
Qui a bloqué quoi ?
C’est ici que le débat devient plus sensible.
Les responsables de l’association Mekok Me Mbone soutiennent que l’administration locale aurait pris des décisions contraires à la dynamique engagée autour de la forêt communautaire et des projets routiers.
Elles mettent notamment en cause la gestion administrative du dossier et estiment que certaines décisions auraient empêché la poursuite des travaux envisagés.
Ces accusations ne sauraient toutefois être considérées comme établies sans les documents administratifs correspondants et sans recueillir la version des autorités préfectorales et des services des Eaux et Forêts.
Contactée pour s’expliquer sur cette situation, Marie Yvette Missouké aurait indiqué ne pas pouvoir s’exprimer davantage sur le fond, expliquant que son bureau associatif faisait l’objet d’une procédure judiciaire portant notamment sur des violations et entraves présumées à la gestion de l’association et à l’amélioration des conditions de vie des populations concernées.
Une promesse présidentielle face à la réalité du terrain
Le paradoxe est aujourd’hui saisissant.
D’un côté, le président de la République a publiquement reconnu les difficultés du Komo-Océan et annoncé la nécessité de développer les infrastructures, notamment routières. La Présidence avait elle-même placé cette question au cœur de la rencontre avec les populations de Ndzomoé.
De l’autre, les habitants de Bissobinam et des villages environnants continuent de faire face à des conditions de déplacement particulièrement difficiles.
En 2025, des résultats officiels des élections locales montrent par ailleurs que Marie Yvette Missouké demeure une figure politique identifiée à Ndzomoé, puisqu’elle figurait parmi les conseillers élus de la commune.
Dès lors, le débat n’est plus seulement celui d’une association ou d’une personnalité locale. Il touche à la capacité de l’administration à traduire les orientations présidentielles en réalisations concrètes.
« Qui veut faire mentir Oligui Nguema ? »
La question mérite donc d’être posée, mais elle appelle surtout des réponses documentées.
Si le chef de l’État a effectivement donné des instructions précises concernant l’utilisation des moyens de la forêt communautaire pour contribuer au désenclavement de l’axe Ndzomoë-Bissobinam, il appartient désormais aux administrations concernées d’indiquer clairement ce qui a été fait, ce qui ne l’a pas été et pourquoi.
Si, au contraire, aucune instruction formelle n’a été donnée dans les termes rapportés par les responsables de l’association, les autorités disposent également de la possibilité de clarifier publiquement les faits.
Une chose est certaine : l’accident survenu sur cet axe a replacé la question du désenclavement du Komo-Océan au centre des préoccupations.
À Bissobinam comme à Ndzomoë, les populations attendent moins des polémiques que des actes.
Alors, qui veut faire mentir Oligui Nguema dans le Komo-Océan ?
La réponse ne devrait pas venir des rumeurs, mais des documents, des décisions administratives et surtout de l’état réel de la route.






