Le torchon brûle entre les magistrats et la Chancellerie. Après les sanctions disciplinaires prononcées le 25 août, le Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG) hausse sérieusement le ton.
Dans une déclaration signée par son président, Landry Abaga Essono, le syndicat ne se contente plus de défendre les magistrats sanctionnés. Il retourne l’accusation contre l’institution elle-même et met sur la table une série de dossiers embarrassants.
SANCTIONNER, OUI. MAIS RÉFORMER AUSSI ?
Le SYNAMAG conteste certaines sanctions qu’il juge disproportionnées et annonce son assistance juridique aux magistrats concernés devant le Conseil d’État.
Mais son offensive va beaucoup plus loin.
Le syndicat refuse que les difficultés de la justice gabonaise soient imputées principalement aux magistrats. Il reconnaît l’existence de comportements fautifs, mais rappelle que les magistrats ne gèrent pas les finances publiques.
Pour lui, impossible donc de parler de réforme de la justice sans évoquer ses moyens, ses infrastructures et son fonctionnement administratif.
TRIBUNAUX DÉLABRÉS, PROMESSES EN ATTENTE
Le SYNAMAG pointe également l’état des juridictions à l’intérieur du pays.
Selon le syndicat, hormis le palais de justice de Libreville, peu de choses auraient changé sur le terrain malgré les annonces de réhabilitation faites par les autorités.
Un paradoxe que le syndicat résume à sa manière : comment exiger une justice moderne lorsque ceux qui la rendent travaillent encore dans des conditions jugées indignes ?
LE CSM : LE DOSSIER QUI AGACE
Autre sujet de colère : le Conseil supérieur de la magistrature.
Alors que la rentrée administrative a débuté le 31 août et que la rentrée judiciaire approche, le SYNAMAG dénonce l’absence de convocation de la session ordinaire du CSM, attendue depuis juillet.
Cette situation laisse, selon lui, de nombreux magistrats dans l’incertitude concernant leurs affectations, avec des conséquences familiales et matérielles bien réelles.
Le syndicat réclame également l’adoption des textes d’application du statut des magistrats.
ET L’ARGENT DE LA JUSTICE ?
C’est probablement la question la plus sensible du communiqué.
Le SYNAMAG réclame davantage de transparence sur les recettes générées notamment par le casier judiciaire et le Greffe du commerce.
Il interpelle également la Chancellerie sur la gestion du « compte justice » et sur la destination des sommes collectées.
Le syndicat rappelle qu’une commission mixte avait proposé en 2025 de renforcer la traçabilité des recettes judiciaires grâce à des quittances du Trésor public.
La question est désormais posée publiquement : où va l’argent généré par les services judiciaires ?
À MOuILA, L’AUTORITÉ DE LA JUSTICE ÉBRANLÉE ?
Le syndicat évoque enfin la sécurité des magistrats.
À Libreville, il cite une tentative d’immolation dans l’enceinte du palais de justice. À Mouila, il affirme que des éléments de la police judiciaire auraient refusé d’exécuter certains mandats et que des actes d’intimidation auraient été commis au sein du tribunal.
Le SYNAMAG reproche à la Chancellerie son silence face à ces situations.
LA RENTRÉE JUDICIAIRE SOUS TENSION
Au final, le message du SYNAMAG est clair : la justice ne peut pas être réformée uniquement à coups de sanctions.
Le syndicat exige trois réponses : la convocation du CSM, l’adoption des textes d’application du statut des magistrats et le renforcement de la sécurité dans les juridictions.
Une concertation est annoncée dès la reprise des audiences pour décider de la suite du mouvement.
Après les sanctions du 25 août, le bras de fer entre magistrats et Chancellerie pourrait donc connaître un nouvel épisode.
Cette fois, ce n’est plus seulement le comportement de certains magistrats qui est interrogé.
C’est toute la gouvernance de la justice gabonaise qui se retrouve sous les projecteurs.
Source : Presse judiciaire gabonaise, article signé Gaël BOBOUAGNO LENGA, journaliste spécialisé dans l’actualité judiciaire et juridique, 2 septembre 2026.






