Libreville, 4 août 2025, Il y a des jours où l’Histoire bascule, où des pans entiers de la culture populaire s’effondrent dans un silence de béton brisé. Ce lundi 4 août, le secteur dit « viande de brousse » du marché de Mont-Bouët a été purement et simplement éradiqué par la mairie de Libreville, dans une opération chirurgicale menée au nom de l’hygiène, de la salubrité et de la lutte contre les inondations. Un crime de lèse-palais pour des centaines d’aficionados de boyaux de singe, de bouillon de python et de civet de chat-huant.



Ci-dessus, l’ancien marché de viande de brousse de Mont-Bouët.
Sur les lieux, plus un cri de roussette, plus une écorce de pangolin, plus une odeur d’singe fumé. À la place, des agents municipaux, casques vissés sur la tête, déterminés à faire disparaître des boxes de commerce posés illégalement sur une dalle en béton construite elle-même… au-dessus d’un bassin versant ! Une hérésie urbanistique, paraît-il, mais une merveille gastronomique pour les initiés.
C’est donc au nom du progrès que le cœur battant de la viande atypique a été stoppé net. Des clients errent encore, hagards, dans un marché assaini mais dépeuplé de ses saveurs les plus primitives. Les marmites seront vides, les larmes coulent. Une vendeuse crie au ciel : « Et maintenant, on va manger quoi ? Du poisson congelé ? »



Ci-dessus , l’équipe de la Mairie de Libreville sur le site
La mairie, stoïque, parle de cadre de vie amélioré, de normes d’hygiène respectées, d’écoulement des eaux facilité. Mais elle oublie que dans chaque estomac frustré, c’est un rêve d’échappée sauvage qui s’éteint. Désormais, il faudra se rabattre sur les légumes du quartier, les cuisses de poulet surgelées, et peut-être, pour les plus audacieux, le spaghetti viande.
La dalle sera bientôt protégée par une barrière flambant neuve, installée aux frais de la municipalité, pour éviter toute récidive. Mais les souvenirs, eux, ne seront jamais déguerpis. Car au fond, peut-on vraiment effacer des décennies de boyaux aux messep et de gibier bien faisandé d’un simple coup de tractopelle ?
Les singes, eux, peuvent enfin dormir sur leurs deux oreilles. Mais les papilles, elles, hurlent dans le vide.









