Huit années. C’est le temps qu’a passé Pierre Mwegaya derrière les barreaux de la prison centrale de Port-Gentil, accusé à tort du meurtre de Guy Pambo. Huit années à clamer son innocence. Huit années volées à sa vie, à sa dignité, à son avenir. Aujourd’hui, blanchi par la Cour criminelle à l’issue d’un procès marqué par des témoignages contradictoires et des preuves lacunaires, il sort de prison… libre, mais brisé. Le verdict d’acquittement a-t-il vraiment réparé l’injustice ? Et surtout, que prévoit l’État gabonais pour compenser un tel calvaire judiciaire ?
Dès le départ, l’affaire Pierre Mwegaya portait les stigmates d’une procédure bancale. Rien n’était solide dans ce dossier : les déclarations des témoins se contredisaient, les éléments matériels manquaient, les doutes étaient partout. Et pourtant, un homme a été privé de liberté, privé d’amour, privé de temps. Une décennie presque, effacée de son existence par la froideur mécanique d’un système judiciaire qui ne s’est jamais remis en question.
Pendant son incarcération, Pierre Mwegaya a perdu plusieurs proches. Des êtres chers qu’il n’a même pas pu accompagner une dernière fois, pas même dire adieu. La prison l’a arraché à sa famille, à son quotidien, à tout ce qui donnait un sens à sa vie. Qui peut réparer cela ? Quelle institution peut restituer les instants volés, les étreintes perdues, les deuils impossibles ? À l’heure où certains se félicitent d’un acquittement tardif, la question reste entière : peut-on vraiment tourner la page ?
Car ce n’est pas seulement une erreur judiciaire. C’est un effondrement moral. Dans un État qui se dit de droit, l’emprisonnement injuste d’un citoyen devrait déclencher une réponse forte, claire, exemplaire. Une réparation. Une indemnisation. Une aide à la réinsertion. Un soutien psychologique. Mais que se passe-t-il au Gabon ? Rien, ou presque. L’homme sort, seul, sans ressources, sans excuses officielles, avec pour seule consolation un jugement favorable après huit années de silence et d’abandon.
Pierre Mwegaya ne doit pas devenir un simple fait divers. Il incarne une blessure profonde infligée par une justice qui, trop souvent, juge avant de comprendre. Laisser cette affaire sans suite, sans compensation, reviendrait à institutionnaliser l’impunité judiciaire. À considérer qu’une vie ne vaut rien, qu’une erreur de justice est un détail administratif. C’est inacceptable.
Aujourd’hui, la société gabonaise doit se poser une question simple mais cruciale : que vaut la vie d’un innocent enfermé pendant huit ans ? Le droit de Pierre Mwegaya à être indemnisé, soutenu et réhabilité publiquement ne devrait même pas faire débat. C’est une obligation morale. Une exigence de justice. Un devoir d’humanité.
