Réunis à l’Université Omar Bongo de Libreville, des acteurs du monde universitaire, des organisations syndicales et l’Africa Coalition Academic Freedom (ACAF) ont engagé une réflexion sur la gouvernance de l’enseignement supérieur au Gabon et en Afrique. Au centre des échanges : les libertés académiques et syndicales, l’autonomie institutionnelle, les pratiques de gouvernance et les perspectives de transformation de l’université gabonaise.
- L’ACAF, un acteur de la défense des libertés académiques en Afrique
- Au Gabon, le fossé entre les garanties juridiques et les pratiques
- Gouvernance universitaire en Afrique : l’autonomie institutionnelle en question
- Des ateliers pour formuler des recommandations
- Le Gabon dans la dynamique continentale de l’ACAF
- Vers une refondation de l’université gabonaise
Le vendredi 9 octobre 2026, à 10 heures, l’Auditorium Pierre-Louis Agondjo Okawé de l’Université Omar Bongo (UOB), à Libreville, a accueilli un dialogue politique consacré à la gouvernance universitaire au Gabon. La rencontre a réuni le Syndicat national des enseignants-chercheurs (SNEC), la Force de Réflexion et d’Action pour l’Enseignement Supérieur (FRAPES) et l’Africa Coalition Academic Freedom (ACAF).
Les travaux ont été ouverts par le président du SNEC, le professeur Mathurin Ovono Ebé, avant l’intervention du professeur Kwadjo, directeur régional de l’ACAF. Le recteur de l’UOB, Jean-Jacques Ekomie, et le vice-recteur, Jean-François Owaye, ont également pris part aux échanges.
L’ACAF, un acteur de la défense des libertés académiques en Afrique
Créée il y a moins de deux ans à Accra, au Ghana, l’ACAF œuvre à la promotion et à la défense de la liberté académique sur le continent. Professeur international de droits humains à l’Université d’Accra, le professeur Kwadjo en assure la direction régionale.
L’organisation intervient notamment dans la recherche sur la liberté académique en Afrique, l’étude des anciennes universités du continent avant la période coloniale et le suivi régulier des libertés académiques dans les différents pays africains.
Ce travail de veille repose sur des observateurs qui transmettent mensuellement des rapports sur la situation des libertés académiques. Après collecte et validation, les informations sont publiées sur le site internet de l’ACAF, accompagnées de statistiques permettant d’en suivre l’évolution.
L’organisation conduit également des projets académiques en faveur des étudiants africains. Huit projets sont actuellement menés dans huit universités du continent : deux dans des pays francophones, deux dans des pays lusophones et quatre dans des pays anglophones.
Au Gabon, le fossé entre les garanties juridiques et les pratiques
La communication du président du SNEC, le professeur Mathurin Ovono Ebé, a porté sur la situation des libertés académiques et syndicales au Gabon, à travers l’examen du cadre juridique, des pratiques observées et des perspectives d’évolution.
Son intervention a abordé le cadre normatif et son application, la cartographie des acteurs et des violations, les stratégies de plaidoyer, le rôle des partenaires ainsi que les perspectives de réforme.
Évoquant le contexte ouvert par le coup de libération du 30 août 2023 et la volonté de réinstituer et de restaurer les institutions, le président du SNEC a soulevé une question centrale : quelle place accorder à la pensée critique et à l’autonomie des universités dans cette dynamique de reconstruction ?
La réflexion s’inscrit notamment dans le prolongement des principes affirmés à Dar es-Salaam et à Kampala en 1990, selon lesquels la liberté académique ne se limite pas à un simple conflit intellectuel, mais constitue un pilier de l’innovation, de la production des savoirs et du débat démocratique.
Le constat dressé met en évidence un décalage entre un arsenal juridique théoriquement protecteur et une pratique universitaire marquée par des crises cycliques et des violations récurrentes.
D’où deux interrogations majeures : pourquoi les garanties prévues par les textes peinent-elles à se traduire dans le fonctionnement quotidien des universités ? Et comment faire de l’autonomie universitaire, de la pensée critique et de la liberté académique des réalités effectives plutôt que de simples principes déclaratoires ?









Images de la rencontre
Gouvernance universitaire en Afrique : l’autonomie institutionnelle en question
Au-delà du cas gabonais, l’ACAF a présenté un diagnostic plus large de la gouvernance des universités africaines. Son analyse souligne les difficultés liées à l’autonomie institutionnelle dans des systèmes où les établissements d’enseignement supérieur restent, dans plusieurs pays, fortement dépendants des orientations et des décisions du pouvoir politique.
Cette situation pose la question de l’équilibre entre la tutelle de l’État, nécessaire au fonctionnement du service public de l’enseignement supérieur, et l’autonomie indispensable aux universités pour accomplir leurs missions de formation, de recherche et de production des savoirs.
Le diagnostic de l’ACAF a ainsi contribué à éclairer les participants sur les réalités de la gouvernance universitaire en Afrique et à ouvrir une réflexion collective sur les mécanismes susceptibles de favoriser une gestion plus autonome et plus transparente des établissements.
Des ateliers pour formuler des recommandations
À la suite de l’intervention du professeur Kwadjo, les participants ont été répartis en deux groupes de travail afin d’approfondir les problématiques soulevées et de formuler des propositions concrètes.
Les deux groupes se sont ensuite retrouvés en séance plénière pour présenter leurs conclusions et confronter leurs analyses. Les débats ont principalement porté sur les conditions nécessaires à la reconstruction et à la restauration de l’université gabonaise.
Les échanges ont notamment mis en avant le renforcement de la gouvernance universitaire, la consolidation de l’autonomie institutionnelle et la création de conditions favorables à l’exercice effectif de la liberté académique.
Plusieurs pistes de solutions et recommandations ont été formulées à l’issue des travaux. Elles visent à accompagner durablement la transformation de la gouvernance universitaire au Gabon et à favoriser une meilleure prise en compte des principes défendus par l’ACAF.
Le Gabon dans la dynamique continentale de l’ACAF
L’un des enjeux de cette rencontre est la volonté de voir le Gabon s’inscrire progressivement dans les dynamiques portées par l’ACAF, à l’instar d’autres pays africains.
Cette perspective devrait permettre aux acteurs de l’enseignement supérieur gabonais de renforcer les échanges, de partager leurs expériences et de bénéficier des mécanismes de promotion et de défense de la liberté académique développés à l’échelle continentale.
La présence de l’ACAF a ainsi donné une dimension africaine aux discussions, en permettant de confronter les réalités gabonaises à celles observées dans d’autres universités du continent.
Vers une refondation de l’université gabonaise
Au terme de cette première rencontre, les participants ont posé les bases d’une réflexion collective sur l’avenir de l’enseignement supérieur au Gabon. Les interventions et les travaux en ateliers ont souligné la nécessité de repenser les mécanismes de gouvernance pour renforcer l’autonomie institutionnelle, garantir la liberté académique et favoriser la participation des différents acteurs de la communauté universitaire.
Le diagnostic présenté et les discussions engagées ont permis de mieux cerner les défis auxquels l’université gabonaise demeure confrontée. Les recommandations issues des travaux en groupes et des séances plénières constituent désormais des pistes de réflexion pour la suite du processus.
L’enjeu majeur reste celui du passage des principes aux pratiques : faire de l’autonomie universitaire, de la liberté académique et de la transparence de la gouvernance des réalités concrètes, au service de la formation, de la recherche, de la production des savoirs et de la reconstruction durable de l’université gabonaise.






