Au Gabon, il suffisait parfois d’un micro, de quelques versets bien récités et d’une salle louée pour un week-end pour devenir “prophète international”. Depuis plusieurs années, le milieu religieux fait face à une prolifération inquiétante de responsables spirituels autoproclamés, au point où les fidèles eux-mêmes ne savent plus toujours distinguer le vrai serviteur de Dieu du simple commerçant de la foi.
Face à cette situation devenue embarrassante, le CNEPER a décidé de réagir. L’organisation prévoit désormais l’instauration d’une carte professionnelle pastorale annuelle destinée à identifier les pasteurs reconnus et exerçant légalement leur ministère.
Une mesure qui ressemble presque à une opération de nettoyage dans un secteur où les scandales se multiplient depuis des années : conflits de leadership, manipulations psychologiques, promesses de miracles contre argent, rivalités internes et dérives financières ont progressivement terni l’image des Églises de réveil.
Dans plusieurs quartiers, des “ministères” naissent et disparaissent aussi vite que des commerces de fortune. Certains pasteurs changent même de dénomination au gré des tensions ou des intérêts personnels. Pendant ce temps, les fidèles, eux, continuent de donner dîmes, offrandes et contributions spéciales dans l’espoir d’une bénédiction ou d’une délivrance.
Le révérend Gaspard Obiang estime que cette réforme devient indispensable pour restaurer la crédibilité du ministère pastoral. Car pour beaucoup de Gabonais, l’image du pasteur a fortement changé ces dernières années. Là où autrefois le respect dominait, les soupçons occupent désormais une place grandissante.
L’initiative a également reçu le soutien du vice-premier ministre Hermann Immongault, qui y voit une avancée importante dans l’assainissement du secteur religieux.
Mais sur le terrain, nombreux sont ceux qui attendent plus que des cartes. Beaucoup espèrent surtout un retour à des valeurs plus simples : l’humilité, l’écoute, la sincérité et une foi moins tournée vers l’argent.
Car au fond, la question que beaucoup de fidèles se posent aujourd’hui est simple : comment reconnaître un homme de Dieu quand certains ont fini par transformer les autels en véritables affaires privées ?





