Ce jour devait marquer un tournant historique pour le Gabon. Les élections législatives et locales, premières du genre depuis le coup d’État militaire de 2023, étaient censées symboliser la rupture avec l’ancien système. Elles devaient démontrer que la page « Bongo » était définitivement tournée et que la démocratie pouvait enfin respirer. Mais dès les premières heures du scrutin, un triste constat s’impose : rien n’a vraiment changé. La fraude, les irrégularités et les manipulations électorales sont de retour, comme si l’ancien manuel de tricherie politique avait simplement été dépoussiéré.
On croyait avoir enterré les pratiques douteuses de la « République Bongo ». Elles sont de retour, plus vivaces que jamais. Des bulletins déjà signés circulent sous le manteau, des listes électorales disparaissent mystérieusement, et des électeurs décédés depuis des années font leur retour pour accomplir leur devoir civique fidèlement, évidemment, envers le pouvoir en place. Pendant ce temps, les candidats indépendants, eux, doivent se battre pour obtenir le moindre formulaire. Dans les états-majors proches de l’UDB, les procurations tombent du ciel comme la pluie en saison humide. « Service express, tampons compris ! », aurait plaisanté un responsable électoral.
À Paris, neuf candidats indépendants de la diaspora ont tiré la sonnette d’alarme face à ce qu’ils qualifient de mascarade électorale. « On nous empêche de jouer à un jeu déjà pipé. Même pour tricher, c’est devenu injuste ! », dénoncent-ils dans un communiqué sans détour. Sur les réseaux sociaux, l’activiste Jocktane s’indigne : « À Port-Gentil, pas de listes électorales. Les gens repartent comme ils sont venus : sans bulletin, sans voix et sans illusion. »
À Moabi, fief du vice-président Séraphin Moundounga, la comédie démocratique tourne à la farce : des bulletins pré-signés auraient été découverts chez un autre vice-président. La multiplication des « numéros deux » semble aller de pair avec celle des irrégularités. Dans d’autres circonscriptions, les électeurs fantômes affluent, ponctuels et disciplinés. À ce rythme, il ne manquera bientôt plus qu’un « bureau de vote de l’au-delà » pour officialiser la chose : une bougie, une incantation, et hop, un vote supplémentaire pour le pouvoir.
Tout cela intervient alors que Brice Clotaire Oligui Nguema avait promis des élections « transparentes, apaisées et crédibles ». Deux ans après le coup d’État qui l’a porté au pouvoir, ces promesses semblent s’être dissoutes dans la réalité d’un système qu’il n’a jamais réformé. Entouré d’anciens barons de l’ère Bongo détourneurs de fonds, tortionnaires présumés et corrupteurs notoires le président de la transition n’a pas purgé l’État : il l’a consolidé. Résultat, la colère monte dans plusieurs localités, et beaucoup craignent que la situation ne dégénère en violences si les fraudes persistent.
La promesse d’un renouveau politique s’est transformée en parodie démocratique. Loin d’incarner la rupture, Oligui Nguema semble rejouer, note pour note, la partition du régime Bongo : urnes truquées, électeurs fictifs, manipulations grossières et discours lénifiants sur la transparence. Pendant que le gouvernement multiplie les déclarations rassurantes, les urnes se remplissent de soupçons et d’indignation. Et une question résonne déjà dans tout le pays : Oligui va-t-il trahir une fois de plus la confiance de son peuple, ou osera-t-il enfin stopper la machine à fraude avant que la rue ne s’en charge ?
Ce 27 septembre 2025 restera peut-être dans l’histoire non pas comme celui du renouveau démocratique, mais comme celui d’un éternel recommencement. Car derrière les discours de changement, le système Bongo continue bel et bien de dicter la musique seulement dirigée, cette fois, par un autre chef d’orchestre nommé Oligui.









