L’invalidation de la candidature de François Ndong Obiang aux prochaines législatives dans le deuxième siège du deuxième arrondissement de Libreville marque un tournant majeur, non seulement pour l’homme, mais aussi pour le parti REAGIR qu’il incarne depuis sa création. Être chef d’une formation politique mais se voir interdire de concourir directement au suffrage est un paradoxe lourd de conséquences, tant pour son autorité interne que pour sa crédibilité auprès des électeurs et des institutions.
Traditionnellement, la force d’un leader politique se mesure aussi à sa capacité à s’exposer au vote populaire. En étant absent du scrutin, François Ndong Obiang se prive de la légitimité que confère une victoire dans les urnes. Comment convaincre les militants de se mobiliser pour des candidats de REAGIR, alors même que le chef de file ne peut pas lui-même porter les couleurs du parti ? Le risque est grand de voir les partisans démotivés, désorientés et tentés de se tourner vers d’autres forces politiques jugées plus solides.
Au-delà de la sanction de la Cour constitutionnelle, l’affaire met en lumière un problème récurrent : le bicéphalisme qui mine REAGIR. Ce climat de rivalités internes, déjà constaté par la haute juridiction, affaiblit l’autorité de Ndong Obiang. Son incapacité à réunifier les tendances et à présenter un front uni ajoute à l’impression d’un leader affaibli, désormais perçu comme plus spectateur qu’acteur de la scène politique.
Une autre interrogation s’impose : quelle sera désormais la posture du chef de l’État face à un responsable politique fragilisé ? Reconduire François Ndong Obiang dans de hautes fonctions, malgré cette mise à l’écart électorale et les contestations internes, pourrait être perçu comme une contradiction, voire un risque politique. Le Président de la Transition, qui cherche à renforcer la crédibilité des institutions et du processus démocratique, pourrait difficilement continuer à s’appuyer sur un allié dont l’autorité est contestée et dont la base électorale apparaît compromise.
Sans son chef sur le terrain et avec des querelles intestines non résolues, le parti REAGIR entre dans une zone de turbulence. S’il ne parvient pas à redéfinir une stratégie claire, à mobiliser des figures crédibles et à apaiser ses conflits internes, il risque de devenir une formation marginalisée, incapable de peser réellement dans l’échiquier politique national.
En définitive, l’invalidation de François Ndong Obiang n’est pas seulement une décision juridique. Elle soulève une question existentielle : comment un chef de parti absent du scrutin peut-il espérer conserver sa stature, mobiliser sa base et continuer à inspirer confiance au sommet de l’État ?
