Dans les méandres de l’administration gabonaise, l’attente n’est plus un simple désagrément : elle devient une épreuve. Derrière les statistiques froides, ce sont des milliers d’agents publics suspendus à une décision qui tarde, parfois depuis des années. Aujourd’hui, plus de 10 000 dossiers sont à l’arrêt, symptôme criant d’un appareil administratif à bout de souffle.
Consciente de l’ampleur du malaise, la ministre de la Fonction publique, Laurence Ndong, a convoqué une réunion de crise avec ses équipes techniques, en présence de celles de l’Agence Nationale des Infrastructures Numériques et des Fréquences (ANINF). Une rencontre aux allures de diagnostic d’urgence, avec un objectif clair : comprendre les blocages et enclencher, enfin, une dynamique de solution.
Très vite, les échanges ont mis en lumière un paradoxe inquiétant. Le Fichier Unique de Référence (FUR), conçu pour moderniser et fluidifier la gestion administrative, s’est transformé en véritable verrou. Trop centralisé, il paralyse les directions, désormais incapables de produire elles-mêmes certains actes relevant pourtant de leurs compétences. Conséquence directe : un engorgement massif, des délais interminables et une frustration grandissante.
Mais au-delà de l’architecture du système, ce sont aussi des réalités du quotidien qui plombent l’efficacité : connexions instables, lenteurs informatiques, bugs récurrents, difficultés d’édition des actes… sans oublier les coupures d’électricité qui viennent régulièrement interrompre le travail. À ce stade, la crise n’est plus seulement technique, elle est profondément humaine.
Face à cette situation critique, Laurence Ndong a appelé à une réaction rapide et pragmatique. Parmi les pistes évoquées, la nécessité de redonner une autonomie opérationnelle aux directions apparaît comme une priorité, afin de désengorger le circuit de traitement des dossiers.
Un atelier technique entre le ministère et l’ANINF est annoncé dans les prochains jours pour tenter de corriger les dysfonctionnements les plus urgents, en attendant une réforme plus structurelle avec la mise en place d’un nouveau système de gestion des ressources humaines.
Mais sur le terrain, la patience s’érode. Car derrière ces 10 000 dossiers bloqués, il y a des carrières figées, des salaires en attente, et des vies mises entre parenthèses.
Pour Laurence Ndong, l’heure n’est plus aux constats, mais aux résultats. Plus qu’une réforme administrative, c’est désormais une question de crédibilité et de confiance.





