La polémique née au FEMUA 18 ne faiblit pas. Après la séquence devenue virale sur une chaîne de télévision ivoirienne, où la non-sélection de Koba Building a été publiquement questionnée, la réponse d’Angèle Assele, censée justifier les choix opérés par la délégation gabonaise, soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de clarté.
Dans notre précédent article, nous avons déjà mis en lumière une situation symptomatique : un festival censé valoriser la vitalité de la musique africaine, mais qui expose en réalité des choix perçus comme opaques, discutables, et difficilement alignés avec la réalité du terrain artistique au Gabon.
La réponse d’Angèle Assele, interrogée sur les critères de sélection, repose essentiellement sur une formule répétée : « l’actualité musicale », « les artistes au cœur de la scène urbaine », « les meilleurs en forme et en ascension ».
Le problème est simple : ces critères, présentés comme objectifs, ne résistent pas à leur propre application.
D’un côté, on évoque une sélection basée sur l’actualité et la dynamique musicale du moment. De l’autre, la présence d’une artiste comme Angèle Assele, dont la carrière discographique active ne correspond manifestement pas à la scène contemporaine telle qu’elle est définie par les codes actuels de la musique urbaine : depuis 30 ans, aucun album sorti, aucune présence scénique notable ni au Gabon ni à l’international, et pourtant elle se retrouve mise en avant au FEMUA à la place d’artistes jugés plus actifs.

C’est là que l’argumentaire se fragilise : si le critère est réellement l’actualité, comment justifier des choix qui semblent en décalage avec la production musicale visible, notamment face à des artistes cités par le public et les observateurs comme Amandine, Nicole Amogho, Diane Amédée ou encore Princess 12, régulièrement associées à une dynamique plus récente et plus exposée, mais absentes de la sélection ?
Autre point de tension : la justification par la notion de « meilleurs artistes ». Une formule large, subjective, qui, sans indicateurs précis (diffusion, performance actuelle, impact, audience, production récente), ouvre la porte à toutes les interprétations… et donc à toutes les contestations.
Dans ce contexte, la question posée en plateau ivoirien sur Koba Building prend une dimension encore plus lourde. Car au-delà d’un cas individuel, c’est tout un système de sélection qui est interrogé : quels critères exacts ? quelle transparence ? quelle représentativité réelle de la scène musicale gabonaise actuelle ?
Et l’ironie s’épaissit encore un peu plus quand on ajoute un détail récent : lors d’une tournée au Gabon, Koba Building avait été accueilli par l’ensemble des acteurs de la musique urbaine comme une véritable figure centrale de la scène. Reçu presque comme un “roi”, reconnu par ses pairs comme une référence majeure du hip-hop gabonais, il incarnait aux yeux du terrain ce que l’on appelle justement un artiste influent et actuel. Mais quelques mois plus tard, miracle des sélections, ce même artiste devient soudainement insuffisant pour entrer dans la catégorie des “meilleurs”. Comme si la reconnaissance du terrain avait été effacée par une mise à jour administrative invisible.
La réponse d’Angèle Assele, loin de dissiper le malaise, renforce au contraire l’impression d’un discours institutionnel généraliste, incapable de justifier de manière précise et vérifiable les choix opérés.
Résultat : ce qui devait être une simple justification devient un aveu involontaire de flou. Et dans ce flou, les critiques sur le favoritisme et les sélections discutables trouvent un terrain encore plus fertile.
Au final, le FEMUA 18, au lieu de consolider l’image d’une scène gabonaise structurée et cohérente, laisse apparaître des incohérences flagrantes entre le discours officiel et la perception du public.
Et dans cette contradiction, une chose s’impose : plus les explications se veulent générales, plus elles renforcent les doutes.






