C’est une histoire qui frôle l’absurde, et pourtant, c’est la réalité quotidienne de centaines d’étudiants gabonais envoyés à l’étranger pour poursuivre leurs études : abandonnés, humiliés, affamés… et désormais menacés d’expulsion par leurs universités. Pendant que les discours officiels de Libreville chantent les louanges d’une jeunesse « avenir de la Nation », les enfants de cette même Nation vivent un cauchemar sans fin sous le sigle tristement célèbre de l’ANBG l’Agence nationale des bourses et stages.
Au Maroc, dans des universités prestigieuses où ils avaient été envoyés pour « briller », des étudiants gabonais sont aujourd’hui réduits à supplier leurs établissements de ne pas les renvoyer. Motif : l’État n’a pas payé leurs frais de scolarité depuis des mois. Dans un cas récent, une université internationale de Rabat a même adressé une lettre de renvoi à un étudiant gabonais. Une humiliation publique qui n’aurait jamais dû exister. Et comme si cela ne suffisait pas, les bourses, elles aussi, ne sont plus versées depuis plus de six mois. Résultat : beaucoup de jeunes ont déjà perdu une année scolaire, d’autres survivent en sautant des repas, certains dorment dans des conditions indignes… tout cela parce que leur pays les a tout simplement oubliés.
Les parents, désespérés, se sont regroupés en collectif et ont multiplié les visites à l’ANBG. Toujours la même chanson, récitée comme un disque rayé : « Attendez, ça va être réglé ». Mais rien ne change. Lors d’une réunion avec les représentants de l’ANBG, les impayés des frais de scolarité, l’irrégularité chronique des bourses et l’assurance maladie suspendue ont été abordés. La réponse de l’ANBG ? Une comédie bureaucratique : « Nous travaillons avec Smart Africa pour rassurer les écoles » (traduction : nous n’avons pas d’argent). « C’est un problème national, hors de notre contrôle » (traduction : nous n’avons toujours pas d’argent). « Nous cherchons un nouvel assureur » (traduction : même pour la santé, débrouillez-vous).
Le plus scandaleux dans cette affaire, c’est l’absence totale de solutions concrètes. Pas de calendrier clair, pas de plan d’urgence, pas même une reconnaissance sincère de la gravité de la situation. Pendant ce temps, les écoles confisquent les relevés de notes, bloquent les réinscriptions et refusent de délivrer les diplômes. Certains étudiants sont littéralement pris en otage académique. L’État ose même conseiller à ceux qui ont terminé leurs études de demander si leurs diplômes peuvent être récupérés… par l’administration elle-même. Un comble.
À quoi sert-il donc d’envoyer des enfants étudier à l’étranger, si c’est pour les jeter ensuite dans l’oubli et la misère ? Pourquoi l’ANBG continue-t-elle à lancer des campagnes de bourses alors qu’elle est incapable d’honorer celles déjà attribuées ? Cette situation n’est pas seulement honteuse, elle est criminelle. Elle brise des vies, détruit des vocations et ridiculise le Gabon sur la scène internationale.
Il est urgent que l’État gabonais cesse ce jeu dangereux avec l’avenir de ses enfants. Ces jeunes ne demandent pas la lune. Ils réclament simplement le respect des engagements pris par leur pays : payer leurs études, assurer leur santé, et leur donner les moyens de réussir. Car au rythme où vont les choses, ce ne sont plus des étudiants qu’on envoie à l’étranger, mais des exilés livrés à eux-mêmes, abandonnés par la patrie qu’ils rêvaient de servir.









