Depuis plusieurs semaines, le même scénario se répète au Gabon, avec une régularité presque mécanique. Chaque lundi, Madame la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume, annonce avec assurance et emphase la reprise effective des cours sur l’ensemble du territoire. Une annonce martelée à coups de vidéos officielles et de communiqués triomphants. Problème : dans le Gabon réel, celui que vivent les parents, les élèves et les enseignants, cette reprise reste introuvable.
À croire que la ministre observe un pays que personne d’autre ne voit. Un Gabon parallèle où les élèves sont en classe pendant que, partout ailleurs, ils traînent dans les quartiers, errent dans les cours d’école ou restent tout simplement à la maison. Un Gabon où l’on apprend sans professeurs, où l’école fonctionne sans enseignement, et où la communication tient lieu de politique éducative.
Les images diffusées par le ministère finissent par ressembler à une mauvaise mise en scène. Toujours les mêmes recettes : plans serrés, quelques élèves soigneusement alignés sur des tables-bancs, cadrages évitant toute vue d’ensemble, parfois même des images anciennes recyclées et remises en circulation par des blogueurs zélés. Une école de décor, fabriquée pour la caméra, mais totalement déconnectée de la réalité du terrain.
Sur les réseaux sociaux, les Gabonais ne se laissent plus convaincre. Les commentaires pleuvent, acerbes et ironiques.
« Si tous les élèves ont repris les cours, ceux qui sont encore dans les maisons, ce sont des fantômes ? » s’interroge un internaute.
Un autre enfonce le clou : « Nous sommes tous à Libreville. Les élèves traînent dehors. Les rares enseignants visibles sont des expatriés. »
Au complexe Léon Mba, souvent présenté comme la vitrine de la reprise, les témoignages sont accablants. Les élèves occupent la cour, quelques-uns sont assis en salle, mais sans enseignants. « À peine quelques professeurs font réellement cours », affirme un parent. Plus grave encore, une élève confie que « le proviseur a demandé de faire semblant de rester en classe jusqu’à midi ». L’école du paraître, où l’on fait acte de présence sans apprendre quoi que ce soit.
Et pendant que le ministère persiste dans sa communication optimiste, la réalité institutionnelle rappelle tout le monde à l’ordre : la grève des enseignants reste bel et bien active. Le collectif SOS Éducation, à l’origine de cette paralysie scolaire, est convoqué à l’Assemblée nationale pour des échanges avec les parlementaires en vue d’une sortie de crise. Une évidence s’impose alors : si les cours avaient réellement repris, il n’y aurait aucune crise à résoudre.
La répétition du mensonge finit par lasser, puis par indigner. « Donc tous les lundis, c’est la reprise ? », ironisent les internautes. « Depuis près de deux mois, on nous sert la même fable », dénoncent d’autres. Beaucoup concluent, amers, que le ministère de l’Éducation nationale a abandonné sa mission première pour se transformer en simple machine à communication.
À force de vouloir imposer une réalité fictive, Camélia Ntoutoume et son ministère prennent les Gabonais pour des enfants naïfs. Or l’école gabonaise ne se relèvera ni par des vidéos scénarisées ni par des annonces répétées. Elle se relèvera lorsque les enseignants seront effectivement en classe, lorsque les élèves apprendront réellement, et lorsque la vérité remplacera enfin la mise en scène.
