Le malaise couvait depuis des années. Il éclate désormais au grand jour. Au Bureau gabonais du droit d’auteur et des droits voisins (BUGADA), une lettre déposée lundi par des artistes adhérents agit comme un déclencheur : celui d’une contestation ouverte contre la gestion des fonds censés leur être redistribués.
Officiellement, il s’agit d’une demande d’audience adressée au Directeur général. Officieusement, c’est un acte d’accusation. Derrière les formules administratives, les griefs sont lourds : absence de transparence, retards inexpliqués dans les paiements, manque d’informations sur les montants réellement collectés et redistribués.

Premier point de tension : les droits d’auteur. De nombreux artistes affirment ne pas percevoir leurs revenus, ou les recevoir avec des retards jugés anormaux. Pourtant, leurs œuvres continuent d’être diffusées, consommées, monétisées. Un décalage qui interroge et alimente une suspicion persistante : les flux financiers seraient-ils mal maîtrisés… ou mal redistribués ?

Deuxième élément troublant : le silence autour des décisions internes. Le procès-verbal de la dernière session du conseil d’administration, document clé pour comprendre la gestion de l’organisme, demeure introuvable. Une absence qui, pour les adhérents, n’a rien d’anodin.
Mais c’est surtout la question des perceptions liées aux opérateurs sous régulation de l’ARCEP qui cristallise les inquiétudes. Combien est réellement collecté ? Selon quelles clés de répartition ? Et surtout, où passent ces fonds avant d’atteindre ou non leurs bénéficiaires légitimes ? À ces questions, aucune réponse claire n’a été fournie jusqu’ici.

Face à ce qu’ils considèrent comme une opacité organisée, des artistes se sont structurés en collectif. Depuis plusieurs années, ils dénoncent une gestion qu’ils jugent défaillante, voire opaque, de la « cagnotte » qui devrait leur revenir. Leur constat est sans appel : retards répétés, absence de traçabilité, communication quasi inexistante.
La tension est montée d’un cran ces derniers jours. À défaut de réponses, certains artistes menacent désormais de passer à l’action, avec en ligne de mire l’organisation d’un sit-in devant le siège du BUGADA. Une mobilisation qui pourrait rapidement prendre de l’ampleur si les autorités restent silencieuses.
Car au fond, ce qui se joue dépasse le cadre d’une simple revendication financière. C’est la confiance même dans le système de gestion des droits d’auteur au Gabon qui vacille. Et avec elle, l’espoir pour de nombreux artistes de vivre dignement de leur travail.
Reste une interrogation, lourde de conséquences : le BUGADA fait-il face à de simples dysfonctionnements… ou à un problème structurel plus grave, que personne n’ose encore exposer clairement ?
Dans cette affaire, le silence des responsables vaut désormais autant que des réponses.





