Par Jean Hilaire Biteghe
Le décor est désormais planté, sans faux-semblants. Ce qui se joue à la mairie de Libreville n’a plus rien d’une simple crise administrative : c’est une guerre interne qui éclate au grand jour. Et dans cette bataille, une vérité s’impose avec fracas : les masques sont tombés.
La série de démissions qui frappe le sommet de l’exécutif municipal n’est pas un hasard. Elle est la conséquence directe d’un malaise profond, longtemps dissimulé derrière des postures de circonstance. Ceux qui quittent aujourd’hui leurs fonctions ne découvrent pas subitement un désaccord : ils en étaient les principaux architectes.
On connaît enfin les traîtres.
Pendant que Pierre Mathieu Obame Étoughe assumait ses responsabilités à la tête de la capitale, une partie de son propre camp travaillait en sous-main à sa chute. Une fronde silencieuse, organisée, entretenue dans l’ombre par des acteurs qui affichaient pourtant une loyauté de façade.
Ce double jeu, aujourd’hui exposé, éclaire d’un jour nouveau les tensions qui paralysaient l’institution depuis plusieurs jours. Selon des sources concordantes, les démissions en bloc des adjoints au maire notamment le premier, le deuxième, le troisième, le quatrième et le cinquième adjoint auraient été officiellement déposées auprès du gouverneur de l’Estuaire, confirmant le caractère formel et irréversible de leur décision.
Ces départs massifs, touchant des figures issues de l’Union Démocratique des Bâtisseurs, sonnent comme un aveu. L’aveu que la nomination de Pierre Mathieu Obame Étoughe n’a jamais fait l’unanimité en interne. L’aveu surtout que certains ont choisi la stratégie du sabotage plutôt que celle du débat ouvert.
Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici d’un geste noble ou d’un sursaut d’éthique. C’est l’effondrement d’un système fondé sur la duplicité. On ne démissionne pas par principe après avoir longuement œuvré à déstabiliser une institution ; on se retire parce que la manœuvre a échoué ou parce qu’elle est devenue trop visible.
Mais cette crise, aussi brutale soit-elle, a le mérite de clarifier les lignes. Elle offre une occasion rare de repartir sur des bases plus saines. Le moment est venu, pour les responsables du parti au pouvoir, de faire des choix forts. Remplacer sans hésiter ceux qui ont montré leurs limites, privilégier des profils loyaux, cohérents, capables de porter une action publique sans arrière-pensée.
Car aucune organisation politique ne peut durablement fonctionner avec des acteurs qui avancent masqués.
La stabilité ne se décrète pas, elle se construit sur la confiance, la discipline et la cohérence.
Libreville traverse une zone de turbulence, mais elle tient aussi une opportunité : celle de tourner la page d’une gouvernance minée par les calculs internes. Encore faut-il que les leçons soient tirées.
Une chose est certaine : après la chute des masques, plus rien ne sera comme avant.





