Présentée comme la solution rapide aux délestages qui plongent le Grand Libreville dans le noir depuis plusieurs mois, la centrale flottante de la société turque Karpowership semble désormais symboliser tout le contraire. Selon des informations publiées par L’Union, le navire “Deniz Sultan”, censé injecter jusqu’à 150 mégawatts dans le réseau électrique national, serait incompatible avec les installations de la SEEG.
Une révélation pour le moins stupéfiante. Comment un projet d’une telle envergure a-t-il pu être mené sans qu’une étude technique préalable ne garantisse la compatibilité entre le matériel importé et les infrastructures locales ? Comment a-t-on pu affréter un navire depuis la Turquie jusqu’à Libreville à des coûts faramineux sans s’assurer qu’il puisse être effectivement branché au réseau ?
Cette situation met en lumière les carences structurelles dans la planification et la coordination institutionnelle. Ce qui devait incarner la réactivité et le pragmatisme face à la crise énergétique nationale devient aujourd’hui le reflet d’une légèreté administrative inquiétante, voire d’une précipitation politique mal calculée.
Pendant ce temps, les habitants de Libreville continuent de subir les délestages quotidiens, avec leurs conséquences économiques et sociales bien connues : commerces paralysés, pertes de denrées alimentaires, insécurité nocturne, et frustration croissante.
Le silence des autorités concernées notamment de la SEEG et du ministère de l’Énergie n’arrange rien. Bien au contraire, il nourrit la suspicion et alimente la colère d’une population déjà lassée des promesses non tenues.
Cette affaire illustre une fois de plus les limites d’une gouvernance qui communique avant de vérifier, et qui préfère les effets d’annonce à la rigueur technique. La “Deniz Sultan” devait illuminer Libreville ; elle risque, si rien n’est corrigé, d’éclairer surtout les zones d’ombre d’un système de décision où la forme prime encore sur le fond.
Source : L’Union





