Libreville. L’affaire prend une tournure hautement politique. Au moment où les plus hautes autorités du pays martèlent leur engagement en faveur de l’emploi et de la réduction du chômage, une décision prise au sein du Centre National des Œuvres Universitaires (CNOU) suscite incompréhension, colère et interrogations.
Au cœur de la controverse : 46 jeunes Gabonais recrutés, contractualisés, mis en service et, pour certains, déjà rémunérés… avant d’être brusquement écartés.
Selon plusieurs témoignages concordants, les faits sont pourtant clairs. Entre juillet et août, ces agents signent des contrats à durée déterminée, reçoivent des affectations administratives et prennent effectivement leurs fonctions. Certains perçoivent même leurs premiers salaires, preuve tangible de l’existence d’une relation de travail pleinement établie.
Mais à la suite d’un changement à la tête de l’établissement, tout bascule.
Les agents concernés sont sommés de cesser toute activité. En cause, selon la direction : l’absence de “ligne budgétaire” et des irrégularités supposées dans la procédure de recrutement.
Des arguments qui, sur le plan juridique, soulèvent de sérieuses réserves.
Car en droit du travail gabonais, un contrat signé, exécuté et partiellement rémunéré engage l’employeur. Mieux encore, le salarié de bonne foi bénéficie d’une protection particulière, même en cas de dysfonctionnement interne à l’administration. Autrement dit, une erreur de gestion ne saurait être imputée à ceux qui ont été légalement recrutés et ont déjà travaillé.

Plus préoccupant encore : les agents affirment n’avoir reçu aucune notification écrite de rupture, ni été soumis à une procédure formelle. Une situation qui pourrait être assimilée, si elle est confirmée, à une rupture irrégulière de contrat, susceptible d’ouvrir droit à réparation devant les juridictions compétentes.
Face à cette situation, une partie des agents 14 au total a saisi l’inspection du travail. Mais là encore, le processus de conciliation n’a pas permis de dénouer la crise. Absences répétées de la direction, réunions contestées, contradictions sur le nombre réel d’agents concernés : autant d’éléments qui renforcent le sentiment d’opacité autour du dossier.

Désormais, la voie judiciaire semble inévitable.
Mais au-delà du droit, c’est bien le symbole qui interpelle.
Dans un contexte où la lutte contre le chômage est érigée en priorité nationale, comment comprendre qu’une structure publique procède à l’éviction de 46 agents déjà en poste ? Comment concilier discours volontariste et décisions administratives aux effets inverses ?

La question est posée, frontalement.
Car pour les principaux concernés, la réalité est brutale : plusieurs mois sans salaire, des contrats devenus incertains, et un avenir suspendu à une décision qui, jusqu’ici, reste sans explication publique claire.
Pour l’heure, la direction du CNOU n’a pas officiellement détaillé sa position.
Mais une chose est sûre :
au-delà des procédures et des textes, c’est la crédibilité même de la politique de l’emploi qui se retrouve, aujourd’hui, mise à l’épreuve.






