Il paraît qu’au Cap-Esterias, la terre vaut plus que la vie humaine. Le samedi 18 octobre 2025, le sol a bu le sang d’un Gabonais. Pas celui d’un bandit, non, mais celui d’un activiste, un citoyen qui avait simplement eu le tort de défendre la justice foncière face aux magouilles institutionnalisées.
Et pendant que le sang coulait, le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, lui, roupillait probablement dans son fauteuil en cuir, bercé par la climatisation et les illusions d’un pouvoir sans responsabilité.
Parce qu’il faut bien le dire : au Gabon, les ministres ne se déplacent que quand la hache a déjà frappé. Avant ça, les alertes, les vidéos virales, les menaces publiques d’un certain Thiam, ressortissant sénégalais armé d’une machette, n’avaient visiblement pas suffi à émouvoir notre grand commis de l’État.


Ci-dessus, Le crane ouvert de l’activiste et à droite , l’agresseur sénégalais avec son arme accrochée à la poche de son pantalon
L’affaire, pourtant, ne date pas d’hier. Onze ans de conflit foncier, onze ans de spoliation programmée par la sainte trinité de l’arnaque nationale : l’ANUTTC, des magistrats corrompus, et l’indifférence ministérielle.
La famille gabonaise propriétaire du terrain a tout tenté : recours, appels, vidéos, cris du cœur… Rien n’y a fait.
Et puis, quand le sang a coulé, miracle ! Le ministre est enfin apparu, chemise bien repassée, regard grave, pour lâcher une phrase d’une profondeur abyssale :
« Thiam n’a pas le droit de venir faire des bagarres ici. Ses papiers sont douteux, il reste à les vérifier. L’État prendra les mesures pour régulariser toute cette situation. »
Ah bon ? C’est donc maintenant qu’il découvre que les papiers sont douteux ?
Et où était-il quand Thiam se promenait avec sa hache, menaçant les Gabonais sur les réseaux sociaux ?
Il lui a fallu un crâne fendu pour « vérifier les papiers » ?
Ce ministre, prompt à envoyer les bulldozers contre les pauvres familles gabonaises, devient soudain philosophe quand un citoyen se fait ouvrir la tête par un étranger. La compassion à retardement, c’est la nouvelle politique de l’habitat !
Quant à l’ANUTTC, que dire ? Cette agence qui devait mettre de l’ordre dans le foncier est devenue une véritable fabrique de litiges, une usine à faux titres de propriété, une machine à broyer les familles autochtones. Et son directeur général ? On ne l’entend jamais quand il s’agit d’assumer. Pourtant, il est bien là quand il faut signer les papiers douteux qui mettent les Gabonais à la rue.
La grande question reste donc entière : qui dirige vraiment le ministère de l’Habitat ?
Le ministre, ou l’ANUTTC ?
Parce qu’à force de jouer les figurants pendant que d’autres magouillent en coulisse, on se demande si ce n’est pas le DG de l’ANUTTC qui tire les ficelles, pendant que le ministre se contente de réciter les communiqués d’après-drame.
Le cas de Cap-Esterias est un symbole : celui d’un État qui ne bouge que quand il est éclaboussé de sang.
Un État qui ferme les yeux sur les menaces, mais ouvre grand les oreilles pour les caméras.
Un État où l’on attend la mort avant d’agir, et où l’on parle de « mesures à venir » alors que la victime, elle, se bat pour sa vie.
À ce rythme, il ne restera bientôt plus que le cimetière comme solution foncière pour les Gabonais.
Là au moins, personne ne viendra les déloger.












