La fonction publique est saturée, nous dit-on. Et la solution miracle ? L’entrepreneuriat ! Voilà comment on transforme le chômage et la jeunesse en slogans politiques bien emballés. Mais derrière les beaux mots, la réalité pique : au Gabon, créer sa propre entreprise devient un parcours du combattant… et parfois un vrai cauchemar.
Le gouvernement répète : « L’État ne peut plus tout faire, il faut entreprendre ! » Traduction : « Débrouillez-vous, les jeunes, et surtout, oubliez les marchés publics, ils ne sont pas pour vous. » Les contrats se distribuent entre amis, cousins et enfants des ministres. L’entrepreneuriat ? Un privilège familial, pas une politique nationale.
Et pendant ce temps, qu’en est-il des vrais besoins ? Des médecins manquent dans les hôpitaux, des enseignants restent chez eux, des magistrats font défaut. Mais l’armée recrute, les postes se multiplient pour les protégés… et les jeunes ordinaires, eux, doivent monter leur société avec zéro soutien.
Ouvrir une entreprise ici, c’est affronter les impôts, la mairie, la CNSS et une administration plus gourmande qu’encourageante. Aucun délai de grâce, aucune exonération, aucun accompagnement. L’État met parfois des années à payer ses propres prestataires. Résultat : des PME étranglées, des rêves étouffés avant même de décoller.
Tout le monde n’a pas vocation à être chef. Une société a besoin de travailleurs, pas seulement de patrons. Alors si chacun devient entrepreneur, qui fera tourner ces entreprises ? Le discours officiel frôle l’absurde.
L’entrepreneuriat, tel qu’il est présenté, n’est donc pas une solution : c’est un prétexte pour renvoyer les jeunes à eux-mêmes. « Nous n’avons plus de place pour vous, débrouillez-vous ! » Voilà le vrai message derrière le slogan.
Pour que l’entrepreneuriat devienne réel, il faudrait :
- payer les entrepreneurs à temps ;
- alléger les charges fiscales ;
- réserver une partie des marchés publics aux Gabonais ;
- et surtout, supprimer le favoritisme qui étouffe toute initiative.
Sinon, l’entrepreneuriat restera ce qu’il est aujourd’hui : un joli mensonge politique, vendu comme solution miracle, mais réservé aux enfants des puissants.









