Face à une pression persistante sur le pouvoir d’achat des ménages, l’État gabonais change de braquet. Avec le lancement opérationnel de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) en avril 2026, les autorités entendent désormais agir directement sur les mécanismes de formation des prix, en intervenant au cœur même des circuits d’approvisionnement.
Pensée comme un outil stratégique de régulation, la CEAG, créée en 2025 sous forme de société d’économie mixte, s’impose comme une réponse structurelle à la vie chère. Dotée d’un capital estimé à 1 milliard de FCFA et reposant sur un partenariat public-privé avec 37 % détenus par l’État et 63 % par des opérateurs privés nationaux elle incarne une gouvernance hybride, à la croisée de l’efficacité économique et de l’intérêt général.
À la tête de cette nouvelle architecture, son Directeur Général, Théophile Boutamba, pilote une réforme ambitieuse : centraliser les achats, négocier directement avec les fournisseurs internationaux et réduire les coûts grâce à des importations groupées. L’objectif est clair : casser les marges excessives, limiter les spéculations et répercuter la baisse des coûts sur les prix finaux.
Concrètement, la CEAG intervient sur toute la chaîne de valeur : de l’importation au stockage, jusqu’à la distribution sur l’ensemble du territoire. Produits alimentaires de base, matériaux de construction, produits de première nécessité… aucun segment stratégique n’est laissé au hasard. Mieux encore, la structure pourrait exercer un contrôle, voire un monopole, sur une cinquantaine de produits jugés essentiels afin de garantir une régulation efficace du marché.









Ci-dessus, l’ouverture, ce 25 avril, du méga marché du stade d’Angondjé
Sur le terrain, cette volonté d’agir se matérialise déjà. À travers l’organisation d’un méga marché, la CEAG propose aux populations un accès immédiat à des produits de première nécessité à des prix réduits. Poulet, huile, lait, riz… autant de denrées du quotidien mises à disposition dans une logique d’urgence sociale, mais aussi de démonstration concrète de l’efficacité du dispositif.
Au-delà de cet événement, un réseau de distribution est prévu pour assurer la continuité de l’approvisionnement, notamment dans des zones stratégiques comme Mont-Bouët, Okala Delta, les PK, Nkembo, Owendo, Nzeng-Ayong, Akébé, IAI ou encore Charbonnage.
Autre innovation notable : l’introduction d’un contrôle citoyen. Grâce à une plateforme numérique, les consommateurs pourront consulter les prix et signaler d’éventuels abus, renforçant ainsi la transparence et la crédibilité du mécanisme.
Mais derrière cette ambition, les défis restent nombreux. Entre contraintes logistiques, nécessité de coordination avec les acteurs privés et exigences de transparence dans la passation des marchés, la réussite de la CEAG dépendra de sa capacité à tenir ses promesses sur la durée.
Car au fond, l’enjeu dépasse la simple baisse des prix. Il s’agit pour l’État de restaurer la confiance, de protéger durablement le pouvoir d’achat et de reprendre le contrôle sur des circuits économiques longtemps laissés aux seules lois du marché.
À travers la CEAG, le gouvernement envoie un signal fort : celui d’un interventionnisme assumé pour répondre à une urgence sociale devenue prioritaire. Reste désormais à savoir si cette mécanique bien huilée sur le papier saura produire, dans les faits, l’effet attendu dans le panier de la ménagère gabonaise.





