À la veille des travaux du Synode de l’Église Évangélique du Gabon (EEG), notre rédaction a reçu une lettre ouverte de M. Jean Frédéric Ndong Ondo, adressée aux pasteurs, anciens et délégués appelés à prendre part à cette importante rencontre ecclésiale à la station protestante de Baraka.
Dans cette contribution, l’auteur partage sa lecture des défis institutionnels auxquels fait face l’Église et formule plusieurs propositions qu’il soumet à l’appréciation des participants au Synode. Soucieuse de contribuer au débat d’idées sur les questions d’intérêt public et ecclésial, notre rédaction publie cette lettre dans son intégralité.
Lettre ouverte aux participants au Synode de l’Église Évangélique du Gabon (EEG)
‘’Chers frères et sœurs en Christ, membres du Synode,
À l’aube de nos assises réunies sur la terre historique de la station protestante de Baraka, berceau de notre foi commune, je m’adresse à vous dans un esprit de responsabilité ecclésiale, de vérité et de profonde affection fraternelle.
L’heure est grave, mais l’espérance chrétienne nous commande de regarder notre situation avec lucidité. Notre chère Église Évangélique du Gabon (EEG) se trouve à un tournant critique. Le système de la présidence rotative entre les régions synodales, pensé à l’origine comme un outil d’équité et d’apaisement, est devenu un mécanisme pervers de fragmentation, de rivalités identitaires et d’instabilité chronique.
I. Le piège de la division et le règne des logiques géographiques
L’histoire des institutions nous enseigne qu’une règle conçue pour apaiser peut, lorsqu’elle est dévoyée, devenir le poison qui alimente les ruptures. Au sein de notre Église, la présidence rotative a conduit à un glissement redoutable : le terroir supplante le mérite, et le calendrier géographique étouffe la vision spirituelle.
La confiscation du débat d’idées : Lors de nos échéances, la question essentielle ne devrait être que spirituelle : « Quel serviteur, par sa foi, son intégrité et ses compétences administratives, est le plus apte à guider notre communauté ? » Hélas, le débat se réduit désormais à une arithmétique de clocher : « C’est le tour de quelle région ? »
L’instrumentalisation et le clientélisme : Dès lors que la charge suprême est promise par roulement, les coulisses synodales se transforment en arènes d’influences politiques et financières où les parrainages extérieurs et les intérêts partisans dictent leur loi.
Frères, je vous exhorte, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. » (1 Corinthiens 1:10)
II. La mémoire trahie : Du sacrifice pour la paix aux calculs de pouvoir
Il convient de rappeler à notre mémoire collective les exemples d’abnégation qui ont autrefois sauvé notre communauté. Au nom de l’unité et au terme de décennies de luttes douloureuses, de grands serviteurs de Dieu — à l’instar des Révérends Pasteurs Samuel Nang Essono et Daniel Sima Ndong — ont su faire preuve d’une immense grandeur spirituelle. Pour éteindre les incendies de la division, ils ont accepté de renoncer à leurs positions et d’humbles charges, en servant fidèlement comme simples pasteurs de paroisse (à B2 et à La Peyrie). Ils avaient ainsi offert à l’Église une leçon d’humilité, d’effacement et d’amour pour le corps du Christ.
Hélas, cette plaie que l’on croyait cicatrisée a été réouverte sous la présidence du Révérend Mba Nzue, puis de nouveau allumée par la fragmentation incontrôlée des régions synodales.
Aujourd’hui, la création et le découpage artificiel des régions ne répondent plus à un besoin d’encadrement pastoral, mais servent de tactique électorale ayant pour seul champ de mire la conquête de la présidence tournante.
L’exemple de la région du Ntem est à ce titre révélateur : en cherchant à s’affranchir de la carte administrative pour multiplier ses chances institutionnelles, elle s’est aujourd’hui fragilisée de l’intérieur, se retrouvant fracturée entre le Nord et le Sud. Ce qui devait unir a fini par diviser le même sang et la même foi.
Ne faites rien par esprit de parti ou par vaine gloire, mais que l’humilité vous fasse regarder les autres comme étant au-dessus de vous-mêmes. Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. » (Philippiens 2:3-4)
III. Repenser notre gouvernance à la lumière des Écritures
Face à la multiplication des clivages et à la surenchère des bannières régionales, l’Apôtre Paul nous rappelle que l’Église du Christ ne se gère pas selon les intérêts du monde, mais selon l’Esprit de vérité et d’unité. Le Royaume de Dieu ne saurait être morcelé en baronnies géographiques ni sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles.
Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il de Christ… Afin qu’il n’y ait point de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. » (1 Corinthiens 12:12, 25)
IV. Appel à la responsabilité et à la conversion synodale
Chers pères spirituels, pasteurs, anciens et délégués assemblés à Baraka, je vous invite solennellement à faire de ce synode un temps d’arrêt, de vérité et de réconciliation nationale :
1. Honorer l’héritage des bâtisseurs de paix : S’inspirer de l’exemple des pasteurs qui ont su s’effacer pour préserver l’Église, en mettant un terme définitif aux luttes d’influence fratricides.
2. Revoir les critères du choix pastoral : Mettre fin à la logique mécanique de la présidence rotative pour replacer au centre des scrutins les critères scripturaires : l’intégrité morale, la maturité spirituelle et la capacité de gestion.
3. Stopper la surenchère des découpages : Mettre un terme à l’instrumentalisation des régions synodales et œuvrer à la consolidation des ensembles existants pour panser les blessures internes.
« Que le Dieu de la persévérance et de la consolation vous donne d’avoir les mêmes sentiments les uns envers les autres selon Jésus-Christ, afin que tous ensemble, d’une seule bouche, vous glorifiez Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. » (Romains 15:5-6)
L’Esprit de sagesse, d’humilité et de paix préside à nos travaux et guide nos décisions pour la seule gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Fraternellement en Christ.’’
Note de la rédaction
Cette lettre ouverte est publiée à la demande de son auteur, Jean Frédéric Ondo Ndong. Conformément à notre ligne éditoriale, nous en reproduisons le contenu dans son intégralité afin de permettre à nos lecteurs d’en prendre connaissance. Les opinions, analyses et propositions qui y sont exprimées relèvent exclusivement de la responsabilité de leur auteur et ne sauraient être interprétées comme reflétant la position de notre rédaction.






