Au Gabon, le courage politique a désormais un mode d’emploi : on fabrique la bombe, on recule de trois pas, puis on demande aux parlementaires d’appuyer sur le bouton. Henri Claude Oyima vient d’en faire une démonstration magistrale avec la taxe forfaitaire d’habitation.
Le ministre de l’Économie, chef d’orchestre des finances publiques et architecte des équilibres budgétaires, a conçu l’engin fiscal pièce par pièce. Calculs, projections, intégration dans les textes officiels : tout porte sa marque. Mais dès que la population s’indigne, le pyromane se transforme en pompier de salon. Soudain, Oyima découvre que « le Parlement décide ». Comprendre : j’ai construit la bombe, à vous de la faire exploser.
Le procédé est cynique. Les députés et sénateurs sont sommés d’endosser la déflagration sociale pendant que le gouvernement se replie derrière un paravent juridique. Si la taxe passe, les parlementaires seront les bourreaux du peuple. Si elle échoue, l’Exécutif fera semblant de respecter la démocratie. Dans tous les cas, Oyima s’en lave les mains.
Pendant que ce théâtre institutionnel se joue, les Gabonais vivent la vraie explosion : salaires étouffés, loyers écrasants, routes inexistantes, eau rare, électricité capricieuse. Et au lieu de réparer, l’État sort la facture. On parle de cadre de vie alors que la vie elle-même devient un combat quotidien.
Le plus indécent reste ce discours moralisateur sur l’effort national. L’effort, toujours pour les mêmes. Le sacrifice, jamais pour ceux qui décident. Oyima parle d’avenir pendant que le présent s’effondre. Il parle de responsabilité pendant qu’il la fuit.
Quant aux parlementaires, ils sont prévenus : accepter ce rôle, c’est devenir les artificiers d’une bombe sociale qu’ils n’ont pas conçue. La rejeter, c’est exposer au grand jour la supercherie gouvernementale. Le choix est cruel, mais il est clair.
Cette taxe n’est plus un débat fiscal. C’est une mise à l’épreuve politique. Et une chose est sûre : au Gabon, quand un ministre fabrique une bombe et demande à d’autres de la faire exploser, le peuple finit toujours par reconnaître l’artificier.











