Huit mois de captivité. Trois mois d’abandon. Entre les deux, un silence assourdissant de l’État gabonais.
L’affaire Ella Obiang Franck, 24 ans, diplômé en Sciences Agricoles, originaire du village Alen-Effack à Oyem dans le nord du Gabon, est un double scandale : celui d’un réseau mafieux de traite humaine opérant en Afrique de l’Ouest, et celui d’une administration gabonaise incapable de secourir l’un de ses citoyens en détresse à l’étranger.
Tout commence par un piège banal, presque ordinaire, à l’ère des réseaux sociaux. Un contact familial. Une cousine perdue de vue depuis près de dix ans. Une discussion sur Facebook. Puis une promesse : un emploi bien rémunéré au Ghana dans une prétendue multinationale agricole nommée AFRICA WORK.
Le discours est rodé, séduisant, professionnel. On parle de recrutement international, de dossier étudié, de salaire mensuel de 800 000 FCFA, de logement et de transport assurés. Une seule condition : verser 2 500 000 FCFA pour la prise en charge.


Ci-dessus, Ella Obiang Franck,
Les documents envoyés sont d’un réalisme troublant. Logos, courriels, avis d’admission, tout est conçu pour tromper. Le jeune Gabonais y croit. Il espère. Il s’endette moralement. Il s’engage.
Le 7 mai 2025, il quitte Oyem.
Commence alors un transfert clandestin à travers plusieurs pays : Gabon, Cameroun, Nigeria, Bénin, Togo, Ghana. Huit jours de route, sans hygiène, sans repos, sous la surveillance de relais du réseau à chaque frontière. Rien n’est improvisé. Tout est organisé.
À l’arrivée à Koumassi, quelques jours d’hôtel servent à maintenir l’illusion. Puis vient la spoliation totale : argent vidé via mobile money, carte SIM confisquée, toute possibilité de retour supprimée. Un faux entretien est organisé. Les promesses disparaissent. Le piège se referme.
Le soleil disparaît avec la liberté.
Ella Obiang Franck est conduit dans une maison transformée en prison, entourée de murs de près de quatre mètres. À l’intérieur, plus de 78 personnes entassées dans une seule pièce servant de toilette, aucun lit. Un repas par jour, tard dans la nuit. Une nourriture insuffisante. Des maladies. Des corps affaiblis. Des esprits brisés.
Pendant huit mois, du 7 mai au 29 octobre 2025, il est séquestré, affamé, privé de toute dignité humaine.
Il ne s’agit pas d’une simple arnaque. Il s’agit de traite humaine, de séquestration, de crime transnational.
Sa libération ne viendra ni d’une intervention policière ni d’une action diplomatique gabonaise. Elle viendra d’un citoyen ghanéen, indigné, qui décide d’agir là où les États ont failli. C’est lui qui l’oriente et le conduit vers la chancellerie du Gabon à Lomé, le 29 octobre 2025.


Ambassade du Gabon au Togo
Mais une fois franchie la porte de l’ambassade, un autre drame commence.
Depuis près de trois mois, le jeune Gabonais vit dans une précarité indigne. Sans argent. Sans véritable suivi médical. Sans perspective de retour.
Ses affaires sont rangées dans un toilette.
Il dort sur un matelas de fortune.
Il est malade.
Et il lui est clairement signifié que l’État gabonais n’a pas de budget pour rapatrier ses ressortissants en détresse, sauf si la famille peut payer.
Deux courriers ont été adressés au ministère des Affaires étrangères. À ce jour : aucune réponse.
Le message est brutal : survivre à l’enfer ne suffit pas. Être Gabonais non plus.
Pendant ce temps, au pays, les parents d’Ella Obiang Franck sont moralement anéantis, financièrement incapables de prendre en charge un rapatriement que l’État refuse d’assumer.
Cette affaire dépasse un simple cas individuel. Elle pose une question grave et dérangeante :
À quoi sert une ambassade si elle laisse l’un des siens sombrer après avoir survécu à la barbarie ?
Le scandale est total.
Un réseau mafieux prospère.
Un citoyen est brisé.
Et l’État regarde ailleurs.
Ce silence n’est plus une négligence.
C’est une responsabilité.












