Censée rassurer l’opinion et éteindre la polémique autour du processus électoral de la Fédération gabonaise de football (FEGAFOOT), la sortie médiatique du président de la Commission Électorale semble avoir produit l’effet inverse. Dans un entretien sans concession, Blanchard Paterne Andoume démonte méthodiquement chaque argument avancé, révélant, selon lui, une accumulation troublante d’irrégularités. Plus qu’une simple réponse, son analyse s’apparente à un réquisitoire implacable contre un processus qu’il juge profondément vicié.
Une défense qui tourne à l’aveu
D’entrée de jeu, le ton est donné. Pour Blanchard Paterne Andoume, l’intervention du président de la Commission Électorale constitue une « erreur stratégique majeure ». Loin de dissiper les doutes, elle viendrait au contraire conforter voire aggraver les soupçons d’illégalité déjà soulevés.
Selon lui, aucun des arguments juridiques avancés par son camp n’a été sérieusement contredit. Pire, certaines déclarations du responsable électoral s’apparenteraient à de véritables aveux, confirmant point par point les irrégularités dénoncées depuis plusieurs semaines.
Vote à main levée : une pratique assumée… mais illégale ?
Au cœur de la controverse : le mode de scrutin. Le président de la Commission Électorale affirme que le vote à main levée est conforme aux statuts de 2013 et qu’il a déjà été appliqué lors des scrutins de 2018 et 2022.
Un argument que démonte Andoume en trois temps :
- Un aveu implicite : en se référant aux statuts de 2013, le président reconnaîtrait indirectement que les textes actuels ne permettent pas cette pratique.
- Une absence de base juridique : aucun article précis n’a été cité pour étayer cette affirmation.
- Une reconnaissance accablante : si les scrutins précédents ont suivi cette méthode, cela signifierait que l’irrégularité est devenue systémique.
Mais le point le plus explosif reste ailleurs. Andoume rappelle l’existence d’un article fondamental des statuts :
Les élections se font obligatoirement au bulletin secret, y compris celles de la Commission Électorale.
Un principe que le président de la Commission aurait soigneusement évité d’évoquer. Pour Andoume, il ne s’agit pas d’un oubli, mais d’un silence révélateur.


A gauche, Ndongo Jean Luc , président de la Commission Électorale. A droite,Blanchard Paterne Andoume
Un congrès hors délai maquillé en force majeure
Autre point de friction : la tenue du congrès de juin 2025, bien au-delà de la date limite statutaire de mars. Pour justifier ce retard, la Commission invoque un cas de force majeure lié à un audit et à des échanges avec la FIFA.
Une ligne de défense que Andoume démonte méthodiquement :
- La force majeure n’est pas prouvée : aucun document officiel (lettre de la FIFA, décision formelle) n’a été présenté.
- Une notion juridiquement détournée : un audit étant une procédure prévisible, il ne peut constituer un événement imprévisible et irrésistible.
- Une contradiction interne : en reconnaissant l’existence d’une date butoir, la Commission admet elle-même être hors délai.
Plus grave encore, Andoume souligne que seule une décision formelle du Comité Exécutif pouvait légalement justifier un report ce qui n’a jamais été démontré.
Le silence troublant sur la Commission de Recours
Mais c’est peut-être sur ce point que la défense de la Commission Électorale apparaît la plus fragile : son silence total sur la Commission de Recours.
Un oubli ? Pour Andoume, c’est bien plus que cela.
Il révèle une triple irrégularité :
- Violation du principe de simultanéité : la Commission de Recours et la Commission Électorale auraient dû être mises en place en même temps.
- Un mode de désignation contesté : absence de candidatures, de vote formalisé, de résultats détaillés.
- Un mandat expiré : aucun renouvellement conforme n’aurait été effectué.
Résultat : les candidats écartés seraient enfermés dans un véritable piège procédural, contraints de saisir une instance elle-même jugée illégitime.
Un processus électoral sans filet de sécurité
Au fil de son argumentation, Andoume dresse un constat inquiétant : l’ensemble du dispositif électoral serait compromis.
- L’organe qui organise les élections serait illégal.
- Celui qui doit en garantir la régularité le serait tout autant.
- Aucune voie de recours crédible ne serait disponible.
Dans ces conditions, il estime que la tenue de l’élection prévue le 18 avril serait non seulement contestable, mais juridiquement intenable.
Vers une crise ouverte à la FEGAFOOT ?
En conclusion, Blanchard Paterne Andoume appelle à une décision radicale : la dissolution pure et simple des deux commissions et la reprise du processus sur des bases conformes aux textes.
Pour lui, l’interview du président de la Commission Électorale n’a pas été une défense… mais un tournant.
« En voulant se justifier, il a confirmé les irrégularités fondamentales. Cette sortie médiatique n’est pas une réponse c’est un acte de dissolution involontaire. »
Une déclaration lourde de conséquences, qui pourrait ouvrir une nouvelle phase de tensions au sein du football gabonais, à quelques semaines d’une échéance électorale désormais plus incertaine que jamais.






