On aurait pu croire à un simple coup de filet policier, le genre de succès que l’on encadre fièrement dans les couloirs de la Police Judiciaire. L’Union nous le vend ainsi : un gang violent, dirigé par Ted Willy Alimbi Ognalagha alias “Le Roi Béni”, stoppé net après une série de braquages visant les résidences des hautes personnalités du pays. Un réseau bien huilé mêlant corruption, complicité militaire et criminalité transfrontalière. Fin de l’histoire ? Pas vraiment.
Car dans les coulisses, une autre version circule. Et celle-là a la puissance d’un coup de tonnerre en plein conseil des ministres. Le professeur Wilfrid Okoumba, voix aussi dérangeante qu’incontrôlable, affirme détenir des preuves explosives : des armes de guerre, un plan de déstabilisation des institutions, plus d’un milliard de francs CFA en liquide, et surtout… un projet d’attentat contre le président Brice Clotaire Oligui Nguema lui-même.
Le décor change brutalement : fini les braqueurs opportunistes, place à un commando aux ambitions politiques, doté de soutiens insoupçonnés. Selon Okoumba, certaines personnalités de haut rang y compris au sein du cabinet présidentiel trempent dans cette boue nauséabonde. L’homme prévient : il connaît les noms, y compris ceux d’officiers complices, et il est prêt à les rendre publics si la lumière n’est pas faite d’ici 24 heures.
Pourquoi alors ce silence embarrassé ? Pourquoi cette volonté de déférer le “Roi Béni” dans l’urgence, comme pour boucler l’affaire avant que les langues ne se délient ? Quand le crime touche à la politique, la justice devient nerveuse et la vérité encombrante.
Dans cette affaire, il y a donc deux vérités : celle, propre et maîtrisée, qui alimente les communiqués ; et celle, sale et dangereuse, qui se chuchote dans les couloirs du pouvoir. La première flatte les institutions ; la seconde les menace. Et entre les deux, une question obsédante : le régime Oligui aura-t-il le courage d’exposer toute la chaîne de complicités, même si cela implique de sacrifier quelques têtes trop proches ?
Un proverbe dit qu’un homme averti en vaut deux. Mais un président averti en vaut combien, lorsqu’un réseau criminel semble rôder jusque dans son entourage immédiat ? Si cette affaire se résume à quelques voyous armés, qu’on le prouve. Si elle cache un complot d’État, alors le pays doit savoir. Et vite. Car en République, ce n’est pas seulement l’argent et les armes qui tuent… c’est aussi le silence.









