C’est une décision qui choque, indigne et interroge. Cinq ans après la disparition mystérieuse du petit Rinaldi Abagha Ngoua, l’un des plus poignants drames de l’histoire judiciaire gabonaise vient d’être, officiellement, “clos” par la Cour d’appel judiciaire d’Oyem. Mais peut-on vraiment clore une affaire alors que tant de vérités n’ont pas encore été dites ? Peut-on parler de justice quand les principaux accusés gardent le silence et que l’enfant reste introuvable, sans sépulture, sans certitude, sans paix ?
Lors du procès marathon qui s’est tenu du 30 au 31 juillet, des révélations ont pourtant ouvert de nouvelles pistes : l’enfant aurait été vendu et conduit en Guinée équatoriale, chez un certain « Alejandro », nom qui a été prononcé publiquement sans qu’aucun mandat de poursuite internationale ne soit évoqué. Rodrigue Allogo Assoumou, l’un des protagonistes, a même confirmé ces éléments dans le box des accusés. Alors pourquoi la machine judiciaire s’est-elle empressée de prononcer un verdict comme si tout était dit ? Pourquoi clôturer un dossier encore en pleine obscurité ?
Le mutisme glaçant de Lewis Bekui Ebang et Laurent Asseko, leur absence totale de remords, leur silence provocateur, montrent bien que la vérité est loin d’avoir été livrée. Ce silence devrait être le point de départ d’un approfondissement de l’enquête, et non d’une clôture judiciaire. Le Gabon a-t-il peur d’aller au bout ? A-t-on peur de ce qu’il y a derrière le nom « Alejandro » ?
Les peines infligées paraissent dérisoires au regard de l’horreur. 20 ans, 15 ans, 10 ans… comme si la vie brisée d’un enfant, les années de souffrance d’une famille, et la probabilité d’un trafic transfrontalier d’êtres humains pouvaient être tarifées comme de simples délits de droit commun. Rinaldi est toujours porté disparu. Où est son corps ? Est-il encore en vie ? Que lui est-il arrivé ? Aucune de ces questions n’a reçu de réponse.
La tante de l’enfant, Ida Maïcha Mete Abagha, effondrée dans la salle, incarne le désespoir d’une famille trahie, non seulement par l’un des siens, mais aussi par une justice qui semble vouloir en finir trop vite. Une justice qui ferme les yeux là où il faudrait les garder grands ouverts.
Ce verdict n’est pas une fin. C’est une invitation à l’appel. Les parents de Rinaldi, s’ils en ont la force, doivent contester cette décision inacceptable. Car tant que le nom d’« Alejandro » ne sera pas prononcé dans un mandat, tant que les autorités de Guinée équatoriale ne seront pas saisies, tant que les accusés ne parleront pas, Rinaldi restera une blessure ouverte pour tout un pays.
Et si l’État gabonais pense qu’il peut tourner la page, le peuple, lui, ne l’oubliera pas. Rinaldi mérite la vérité. Pas un simulacre de justice.
