Le feuilleton Eddy Narcisse Minang est loin d’être terminé. Révoqué du corps de la magistrature à la suite des décisions disciplinaires du 25 août 2026, l’ancien Procureur général près la Cour d’appel de Libreville vient de porter l’affaire devant le Conseil d’État.
Ce 2 octobre, l’ancien magistrat s’est présenté personnellement devant la Haute juridiction administrative pour contester les mesures prises à son encontre. Une démarche qui apporte, au passage, un démenti factuel aux rumeurs ayant circulé ces derniers jours sur un prétendu départ du territoire national.
Derrière cette nouvelle étape judiciaire se joue désormais une question centrale : la procédure ayant conduit à la révocation a-t-elle respecté toutes les garanties prévues par le Statut des magistrats ?
Selon les arguments développés, plusieurs irrégularités seraient en cause, notamment l’absence de certaines demandes d’explications, la notification des griefs et les conditions dans lesquelles le dossier disciplinaire aurait été constitué et examiné.
Mais le fond du dossier n’est pas moins sensible.
Dans l’affaire impliquant Marius Issa Nkori, Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, Eddy Narcisse Minang est accusé d’avoir « détourné l’action publique à des fins d’exécution civile ». Or, selon les éléments rapportés, aucune poursuite pénale n’aurait finalement été engagée et la plainte aurait été classée sans suite. Une qualification juridique que le requérant entend désormais faire examiner par le juge administratif.
Autre point explosif : les 80 millions de FCFA correspondant à un reliquat de crédits destinés à une session criminelle. Le Conseil de discipline reproche à l’ancien Procureur général d’avoir conservé cette somme plusieurs mois. Sa défense soutient, elle, que cette conservation s’inscrivait dans l’attente d’une nouvelle session criminelle et que les fonds ont finalement été intégralement restitués le 8 juin 2026.
Et une précision pourrait peser dans la bataille judiciaire : selon les décisions disciplinaires rapportées, les griefs officiellement retenus ne concernent ni corruption, ni concussion, ni malversations financières. Les dossiers communément désignés « HPO » ou « Alain-Claude Bilie-By-Nze » n’y figureraient pas davantage.
Désormais, le Conseil d’État doit entrer dans l’arène. Régularité de la procédure, qualification des faits et respect des droits de la défense : c’est sur ces terrains que se jouera la prochaine manche.
Source : La Presse Judiciaire Gabonaise, sous la plume de Gaël BOBOUAGNO LENGA, journaliste spécialisé dans l’actualité judiciaire et juridique.





