Dans nos églises africaines, où la tradition et la modernité se côtoient, une question continue de provoquer débats et crispations : les femmes ont-elles le droit de prêcher ?
Dans de nombreuses paroisses à travers le continent, surtout dans les églises catholiques et orthodoxes, la réponse reste catégorique : non. Les femmes peuvent chanter, témoigner, animer des groupes de prière, mais pas monter en chaire pour enseigner ou prêcher lors du culte. Ce refus s’appuie sur des versets bibliques bien connus, comme celui de 1 Timothée 2:12 : « Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme. »
Pourtant, l’Afrique n’est pas un bloc homogène, ni religieusement ni culturellement. Dans de nombreuses églises protestantes et évangéliques africaines notamment au Gabon, au Cameroun, au Nigéria, en RDC on voit de plus en plus de femmes pasteures, prophétesses ou enseignantes. Certaines remplissent des stades, tiennent des croisades, et sont reconnues par des milliers de fidèles. Le phénomène n’est pas nouveau : des figures comme la Révérende Dorothée Ngoma en RDC ou la prophétesse Sarah Omakoko au Nigéria témoignent de cette réalité.
Ci-dessous: La pasteure Etonam Guédoh Ogoubi est d’origine togolaise : elle a effectué ses études supérieures au Togo, notamment à l’Université de Lomé, et est membre de l’Église évangélique presbytérienne du Togo (EEPT)
Ces femmes s’appuient sur d’autres textes bibliques : Priscille, qui enseigne Apollos, Phoebé, qualifiée de diaconesse, ou encore Junia, considérée comme apôtre. Sans oublier ce passage d’Actes 2 : « Vos fils et vos filles prophétiseront… »
Mais derrière le débat théologique se cache aussi une question de société. En Afrique, où les rapports homme-femme sont encore fortement marqués par le poids des coutumes, l’idée d’une femme prêchant à des hommes dérange souvent plus par réflexe culturel que par argument strictement biblique. Certaines églises l’avouent d’ailleurs sans détour : « Ce n’est pas une question de Bible, c’est une question d’ordre social. »
Dans un continent où les femmes sont pourtant en première ligne dans la vie spirituelle que ce soit comme mères, éducatrices, animatrices de communautés leur absence ou leur marginalisation dans les fonctions pastorales interroge. Serait-il temps pour les églises africaines de revisiter leur position ? De faire la différence entre ce qui relève de la tradition culturelle et ce qui relève véritablement de l’Évangile ?
La question reste ouverte. Mais ce qui est certain, c’est que l’Afrique d’aujourd’hui, tiraillée entre conservatisme religieux et dynamique d’émancipation, ne pourra pas éviter ce débat encore très longtemps.
