Le président camerounais Paul Biya, fraîchement « réélu » à 92 ans avec 53,66 % des voix, a répondu au message de félicitations que lui a adressé son homologue gabonais, le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Une correspondance polie, fraternelle, mais surtout hautement symbolique, rapportée par notre confrère Gabonreview.
Dans sa lettre, le doyen des dirigeants africains remercie son « cher frère » pour ses mots bienveillants et salue « la grande estime mutuelle » entre Libreville et Yaoundé. Une formule rodée, presque automatique, qui fleure bon la diplomatie d’un autre temps celle où les chefs d’État d’Afrique centrale s’échangeaient des courtoisies pendant que leurs peuples attendaient le changement.
Mais cette fois, la scène a un goût particulier. Face à Brice Oligui Nguema, symbole du renouveau institutionnel et de la restauration de l’État au Gabon, Paul Biya incarne la continuité… voire la fossilisation du pouvoir. D’un côté, un soldat au pas décidé, qui veut redonner sens et dignité à la fonction publique ; de l’autre, un patriarche politique, fatigué mais toujours agrippé au fauteuil présidentiel depuis 1982.
Gabonreview note que Paul Biya réaffirme sa volonté de « consolider les excellentes relations d’amitié et de coopération » entre les deux pays. Une formule classique, certes, mais qui révèle une chose : malgré les mutations qui secouent la sous-région, Yaoundé et Libreville restent liés par une diplomatie de stabilité. En clair, entre Biya et Oligui, le respect se veut mutuel même si l’un incarne l’avenir et l’autre, le crépuscule d’une époque.
Dans le fond, cette lettre est bien plus qu’un simple geste protocolaire. C’est le salut d’un ancien monde politique à un nouveau. L’un salue, l’autre avance. Le vieux lion observe la relève gabonaise avec un sourire prudent, conscient que l’Afrique change lentement, mais sûrement.
Entre fraternité et contraste, cet échange révèle une vérité implacable : dans la jungle politique d’Afrique centrale, les lions vieillissent… mais la relève rugit déjà.
