Le symbole dérange par sa familiarité. À Paris, devant l’ambassade du Gabon, l’histoire semble se répéter, presque à l’identique. Les visages du pouvoir ont changé, mais les accusations, elles, persistent. Et au centre de cette nouvelle vague de contestation, deux noms s’imposent avec force : Bob Mengome, alias « Matricule 212 », et Alain-Claude Bilie-By-Nze.
Samedi 25 avril à midi, la diaspora gabonaise est appelée à se rassembler sur ce trottoir devenu, au fil des années, une scène politique à part entière.
À l’initiative d’un collectif de Gabonais de l’extérieur, soutenu par Gab’Action, cette mobilisation entend dénoncer un climat politique jugé de plus en plus préoccupant.
Derrière les pancartes et les slogans, une même conviction : celle d’un pouvoir accusé de reproduire des pratiques que beaucoup pensaient appartenir au passé.
Bob Mengome incarne, pour ses soutiens, une forme de répression silencieuse. Connu sous le nom de « Matricule 212 », souffrant d’hypertension artérielle et de goûte, il est privé de de soins, dans des conditions que ses proches qualifient d’inhumaines. Son cas, largement relayé sur les réseaux sociaux, cristallise les inquiétudes autour du respect des droits fondamentaux.
À ses côtés dans cette contestation, Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et président de l’EPG, dont l’arrestation continue de susciter de vives interrogations.
Interpellé sans convocation officielle par des hommes cagoulés, placé sous mandat de dépôt, il serait depuis lors coupé de tout contact avec ses proches et ses avocats.
Une situation qui alimente les soupçons d’une justice sous pression et ravive les tensions politiques. Au-delà de ces deux figures, c’est tout un système que les manifestants entendent mettre en cause. La réforme du code de la nationalité, le durcissement des règles encadrant l’espace numérique et les sanctions prévues pour de simples publications en ligne sont perçus comme autant de signaux d’un recul des libertés.
L’idée qu’un partage sur les réseaux sociaux puisse conduire à une peine de prison s’installe comme un marqueur inquiétant de cette évolution. Le choix de Paris n’est pas anodin. C’est sur ces mêmes pavés qu’en 2016, après une élection présidentielle contestée, la diaspora gabonaise avait engagé une mobilisation d’ampleur contre le régime d’Ali Bongo.
Dix ans plus tard, les mêmes lieux accueillent une colère renouvelée, comme si le cycle politique refusait de se rompre. Face à un espace public jugé de plus en plus verrouillé au Gabon, la diaspora s’impose comme une caisse de résonance.
Depuis l’étranger, elle tente de porter une parole que beaucoup estiment désormais impossible à exprimer librement à Libreville.
Le rassemblement annoncé se veut pacifique, mais déterminé, avec une ambition claire : attirer l’attention, documenter les faits et alerter l’opinion internationale.
Derrière les cas de Bob Mengome et d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, c’est une interrogation plus profonde qui émerge : le Gabon est-il réellement en train de changer de cap, ou assiste-t-on à une simple continuité sous une autre forme.






