Face à l’insalubrité chronique de la capitale, la mairie de Libreville a lancé un appel inattendu… aux confessions religieuses. Objectif : prêcher le civisme et la propreté depuis les chaires et les minbars. Mais entre spiritualité et voirie, les trottoirs, eux, attendent toujours un miracle.
À Libreville, le génie municipal a encore frappé. À défaut de camions-bennes, de plan de nettoyage ou d’opérations de salubrité visibles, la mairie a choisi une nouvelle stratégie pour redonner des couleurs à la capitale à l’approche des célébrations nationales du mois d’août : demander aux églises et aux mosquées de prêcher… la propreté.
Oui, vous avez bien lu. Le mardi 6 août, les responsables religieux ont été convoqués à l’hôtel de ville pour une rencontre placée sous le signe du civisme, de l’unité nationale… et du balai sacré. Le Délégué Spécial Adjoint, Joseph Landry Mavoungou Ndong Biteghe, a déroulé un agenda patriotico-hygiénique : la Journée du Drapeau (9 août), la Fête de l’Indépendance (17 août) et la Commémoration du Coup de Libération (30 août). À l’approche de ces événements, il faudrait que Libreville brille. Et pour cela, quoi de mieux que la foi ?
C’est ainsi que les cultes ont été invités à devenir les nouveaux agents de la propreté mentale et matérielle. Des sermons sur le civisme, des rappels à l’ordre divin sur les déchets, et des appels à aimer son pays à travers l’entretien de son quartier. Problème : les poubelles, elles, n’écoutent pas les prêches.
Alors oui, l’initiative semble noble. Les responsables religieux ont salué cette approche inclusive, promettant de mobiliser leurs fidèles. Mais sur le terrain, les ordures continuent de proliférer à une vitesse démoniaque. Dans les quartiers populaires, on sourit jaune : « Que le Seigneur nous donne des balais et des bennes ! » ironise un habitant de Nzeng-Ayong.
“Tu ne jetteras point ton sachet au pied du lampadaire”, Évangile selon Saint Déchet 4 :12.
Car au fond, c’est bien là que le bât blesse : le civisme n’est pas un acte de foi, c’est une politique publique. À vouloir transformer les lieux de culte en bureaux d’hygiène, la mairie oublie qu’on ne combat pas l’insalubrité à coups d’Alléluia ni de versets improvisés. La responsabilité citoyenne ne peut pas remplacer la responsabilité municipale.
Cette opération de spiritualisation des services urbains ressemble donc à un bel habillage. L’image est forte, le discours rassembleur. Mais sans moyens, sans suivi, sans logistique, la prière reste prière et les déchets, eux, restent là.
Pendant ce temps, Libreville continue de suffoquer sous les détritus. Les marchés débordent, les caniveaux sont bouchés, et les moustiques se frottent les ailes. Le miracle promis tarde à se produire. Peut-être attend-il, lui aussi, que la mairie passe à l’action.
Libreville ne manque pas de foi. Ce qu’il lui manque, c’est un vrai plan de salubrité. Car si la ville veut briller pour les fêtes nationales, elle devra troquer les psaumes contre des pelles, les cantiques contre des camions, et les slogans contre de véritables actes. D’ici là, on peut toujours espérer que le Saint-Esprit passe avec un aspirateur.
