Dans une récente déclaration, Dieudonné Minlama Mintogo, intellectuel et ancien candidat à la présidentielle, a dénoncé avec force la logique du pouvoir actuel : « Le Président Omar Bongo avait dit “préférer l’injustice au désordre”, et l’icône Pierre Claver Zeng de répliquer : “C’est le mauvais partage qui entraîne les palabres”. À mon grand-père de conclure avec sagesse : “Qui sème l’injustice récolte le désordre”. Quant aux Saintes Écritures, elles nous enseignent que “Dieu haït l’injustice…”. À nos dirigeants de s’y inspirer dans la gestion quotidienne de notre patrimoine commun. » Ces mots sonnent comme un avertissement direct au gouvernement : la stabilité ne se construit pas sur l’injustice et l’abandon de l’école.
Aujourd’hui, les enseignants vivent une situation dramatique : primes impayées, avancements bloqués, recrutements sans postes budgétaires, classes surchargées, conditions de travail indignes. Ceux qui façonnent l’avenir de la nation sont traités comme un fardeau plutôt qu’une priorité. Pendant ce temps, l’État investit massivement dans les forces de sécurité. Soldats, policiers et hauts gradés voient leurs effectifs et leurs salaires croître, alors que l’école dépérit. Le message est limpide : mieux vaut contenir le peuple par la peur que l’instruire par l’éducation.
Mais cette stratégie est dangereuse et court-termiste. En affaiblissant l’école, le pouvoir ne construit pas l’ordre, il prépare un désordre différé. Une jeunesse privée de repères solides devient tôt ou tard frustrée et vulnérable. Aucun pays ne s’est développé en humiliant ses enseignants. Aucun État ne s’est stabilisé durablement en sacrifiant l’éducation pour renforcer la sécurité. L’ordre obtenu par la force sans justice n’est qu’un silence artificiel, prêt à exploser.
La déclaration de Dieudonné Minlama Mintogo dépasse la simple critique. Elle interpelle directement : gouverner, ce n’est pas seulement protéger un régime, c’est garantir la justice sociale et préparer l’avenir. « À nos dirigeants de s’y inspirer dans la gestion quotidienne de notre patrimoine commun », rappelle-t-il. Un État qui engraisse ses militaires mais laisse ses enseignants mendier leurs droits sacrifie l’avenir pour maintenir le présent. Tant que l’école restera abandonnée, le désordre continuera de croître dans les salles de classe, dans les quartiers et dans les esprits.
L’injustice n’est jamais un rempart, elle est toujours une bombe à retardement. Et Monsieur le Président Oligui Nguema devrait s’en souvenir : on ne protège pas un pays en engraissant les militaires pendant que l’école meurt.









