L’année 2026 s’annonce comme une épreuve pour des millions de Gabonais. Hausse annoncée des taxes, vie chère persistante, inflation étouffante : le pouvoir d’achat du bas peuple continue de s’éroder dangereusement, installant un malaise social profond et durable. Dans ce contexte tendu, chaque décision publique devient un révélateur implacable des priorités réelles du pouvoir.
Et le signal envoyé est pour le moins troublant.
Alors que la majorité des citoyens est sommée de « faire des sacrifices », le gouvernement a fait le choix d’améliorer sensiblement les avantages matériels et le pouvoir d’achat des hauts gradés de l’armée. Une décision qui choque, interroge et dérange. Car elle apparaît, aux yeux de nombreux Gabonais, comme un contraste brutal voire une véritable provocation sociale au regard des discours sur la justice sociale, l’équité et la rupture avec les pratiques du passé.
Monsieur le Président, cette orientation ne passe pas inaperçue. Elle donne le sentiment que les promesses solennelles faites au peuple s’effacent progressivement devant une politique de privilèges accordés à une élite déjà protégée. Or, le peuple gabonais n’est ni naïf ni amnésique. Il observe, compare et juge. Et il sait, mieux que quiconque, que les actes ont toujours plus de poids que les mots.
Une vérité politique mérite d’être rappelée avec force : la légitimité d’un pouvoir ne se construit pas dans les casernes, mais dans l’adhésion populaire. Ce n’est pas l’alignement des galons qui garantit la stabilité d’un régime, mais la confiance du peuple. Gouverner durablement, c’est répondre aux souffrances du plus grand nombre, pas consolider des alliances par des avantages sélectifs.
En privilégiant les gradés pendant que le bas peuple s’enfonce dans la précarité, le pouvoir prend un risque politique majeur. Celui d’éroder sa base morale, de nourrir l’incompréhension et d’ouvrir la voie à la colère sociale. Car gouverner, c’est choisir. Et aujourd’hui, le choix qui se dessine est lourd de conséquences.
L’histoire politique est sans pitié pour les régimes qui confondent stabilité et favoritisme. L’équité sociale n’est ni un slogan ni un luxe : elle est une condition essentielle de légitimité, de paix et de durabilité du pouvoir.









