La 5ᵉ République gabonaise devait marquer une renaissance démocratique, un nouveau départ, une rupture totale avec les pratiques honteuses d’hier. Elle devait être l’ère de la transparence, de l’équité et de la dignité retrouvée. Mais à peine les urnes refermées, la douche froide est tombée, glaciale, implacable. Ce qui devait être un test grandeur nature pour la crédibilité du nouveau régime s’est transformé en un gigantesque scandale électoral dont même les plus endurcis des observateurs peinent encore à croire l’ampleur.
Urnes bourrées à ras bord, électeurs transformés en troupeaux transportés comme du bétail vers des zones où ils n’ont aucun intérêt politique, procurations de vote vendues au marché noir comme du poisson fumé, et cerise sur le gâteau : des tonnes de procurations fabriquées de toutes pièces par le camp présidentiel lui-même. Les preuves sont là, irréfutables, tangibles, accablantes. Les éléments du parti nouvellement créé par Brice Clotaire Oligui Nguema, l’UDB, ont été pris la main dans le sac. Et ô surprise, ce parti fraîchement sorti de terre « triomphe » avec un score quasi identique à celui du chef de l’État lors de la présidentielle selon les premiers résultats annoncés.
Ce pays qui espérait tant de la 5ᵉ République se réveille avec la gueule de bois, piégé dans une farce électorale qui ferait pâlir les pires heures du régime Bongo. Au point que certains Gabonais, dans leur désespoir, vont jusqu’à regretter Ali Bongo, celui-là même qui avait prévenu : « Je connais l’homme, on verra s’il fera mieux que moi. »
Même les plus fervents soutiens d’Oligui, ceux qui ont cru en lui, sont aujourd’hui écœurés, dégoûtés, trahis. Et parmi eux, un homme, un vrai, a eu le courage de rompre le silence : Raymond Ndong Sima, ancien Premier ministre de la transition. Avec la franchise et l’élégance qui caractérisent les hommes d’État, il a dénoncé cette mascarade électorale, rappelant que des élections biaisées par le favoritisme ne peuvent en aucun cas annoncer un avenir rassurant pour le pays.
Mais il fallait bien que quelqu’un vienne salir cette lucidité. Il fallait bien que surgisse, fidèle à sa réputation, celui qui préfère couvrir le mensonge plutôt que défendre la vérité. Comme un pompier pyromane qui verse de l’essence sur un brasier déjà incontrôlable, Moundounga Séraphin, vice-président de la République, est sorti de sa tanière.
Dans une déclaration aussi pathétique que honteuse, il a osé affirmer que les élections s’étaient déroulées « normalement à plus de 90 % sur l’ensemble du territoire ». Un mensonge aussi grossier que ridicule, que même un enfant de maternelle refuserait d’avaler. Et comme si cela ne suffisait pas, l’homme s’est permis de s’attaquer à Raymond Ndong Sima, l’accusant à tort avec des propos diffamatoires, indignes d’un haut responsable de l’État.
Ce n’est pas la première fois que Séraphin Moundounga joue les chiens de garde. Sous les régimes de Bongo père et fils, il excellait déjà dans l’art de cracher le venin sur les opposants et d’insulter le peuple. Aujourd’hui encore, il reprend du service, fidèle à lui-même : celui qui préfère insulter la vérité pour plaire au prince.
Mais que l’on ne s’y trompe pas : ce genre d’allié n’en est pas un. L’histoire nous l’a déjà montré. Moundounga a trahi Ali Bongo après l’avoir aidé à détruire le pays, et il trahira Oligui de la même manière, dès que la tempête se lèvera. Il fuira le navire comme un rat fuit un bateau qui coule, laissant derrière lui un président isolé, sans crédibilité, sans honneur.
Oligui ferait bien d’y réfléchir sérieusement : un vrai allié n’a pas besoin de mentir pour défendre un pouvoir. Un vrai allié dit la vérité, même quand elle dérange. Un vrai allié préfère déplaire aujourd’hui plutôt que de trahir demain. Séraphin Moundounga n’est pas de ceux-là. Et s’il continue à l’écouter, Oligui risque de découvrir, trop tard, que celui qu’il croyait son fidèle défenseur n’était en réalité qu’un acteur de plus dans cette tragédie nationale.
Le Gabon ne mérite pas ça. Le peuple n’a pas chassé une dictature pour en accueillir une autre sous de nouveaux visages. Et Séraphin Moundounga, en niant l’évidence et en insultant la douleur d’un peuple trahi, n’a fait qu’une chose : rappeler que les vieux démons sont toujours là, tapis dans l’ombre… prêts à mordre à nouveau.











