Il y a des images qui rassurent… et d’autres qui inquiètent. En recevant récemment une brochette de leaders politiques, Brice Clotaire Oligui Nguema a voulu projeter l’image d’un chef d’État ouvert, à l’écoute, soucieux de rassembler. Mais à y regarder de plus près, ce qui devait incarner un dialogue national ressemble dangereusement à une opération de recyclage politique, une scène où les figures d’hier, rejetées par le peuple, tentent de se redonner une légitimité à l’ombre du renouveau annoncé.
Car enfin, de qui parle-t-on ? Des mêmes visages. Ceux-là mêmes qui, pendant des années, ont accompagné, soutenu ou profité d’un système aujourd’hui honni. Des acteurs usés, discrédités, désavoués, mais jamais totalement effacés. Hier encore, ils festoyaient pendant que le pays s’enfonçait. Aujourd’hui, les voilà de retour, le discours adouci, les compliments faciles, comme si la mémoire collective pouvait être effacée à volonté. Une résurrection politique qui frôle l’indécence et qui interroge sur la sincérité du moment.
Le plus troublant n’est pas tant leur présence la politique a toujours eu ses revenants que l’illusion qu’ils tentent de construire. Celle d’un consensus national qui, en réalité, n’existe pas. Car ce qui s’est donné à voir lors de cette rencontre n’avait rien d’un échange franc. Aucune contradiction, aucune tension, aucune vérité brute. Seulement une chorale parfaitement réglée où les louanges ont remplacé le débat, où la parole sonnait creux, guidée non par l’intérêt du pays, mais par des calculs personnels.
Ces éloges unanimes ne trompent personne. Ils ne traduisent pas une adhésion sincère, mais une stratégie de repositionnement. Derrière chaque mot flatteur se cache une ambition précise : revenir dans le jeu, retrouver une influence, récupérer une part du pouvoir perdu. Ce n’est pas le Gabon qui s’exprime dans ces discours, mais des carrières en quête de résurrection.
Pendant ce temps, le peuple, lui, regarde. Et il ne se reconnaît pas dans ce théâtre politique. Le véritable Gabon n’était pas autour de cette table. Il est dans les quartiers populaires, dans les villages oubliés, dans cette jeunesse désabusée qui peine à croire encore aux promesses. Il est dans cette majorité silencieuse qui attend des actes concrets et non des mises en scène soigneusement orchestrées.
Le danger, pour le chef de l’État, est immense. En s’entourant de figures rejetées, Brice Clotaire Oligui Nguema prend le risque de brouiller le message de rupture qui a fait sa force. Il donne le sentiment, même involontairement, que le renouveau pourrait n’être qu’un habillage, un simple changement de façade derrière lequel survit la même classe politique. Et ce serait là une erreur historique.
Car une refondation ne se décrète pas dans les cercles fermés. Elle se construit dans la vérité, dans la confrontation des idées, dans l’écoute réelle des citoyens. On ne rebâtit pas une nation avec ceux qui ont contribué à l’affaiblir. On ne prépare pas l’avenir avec les artisans du passé.
Aujourd’hui, Brice Clotaire Oligui Nguema est face à un choix décisif : céder à la facilité des alliances connues, des visages familiers et des équilibres politiques traditionnels, ou oser le véritable changement, celui qui dérange, qui tranche, qui écarte les opportunistes et redonne enfin la parole à ceux qui ne l’ont jamais eue.
Le peuple gabonais n’a pas tourné la page pour la voir réécrite par les mêmes mains. Il n’a pas espéré une rupture pour assister au retour des mêmes acteurs, maquillés en partenaires de circonstance. Il attend un signal fort, clair, irréversible. Faute de quoi, cette Ve République tant promise ne sera qu’un mirage de plus, et les revenants auront réussi leur pari : reprendre toute leur place dans un jeu dont le peuple pensait les avoir définitivement exclus





