En évoquant l’idée de faire prêter serment aux membres de son gouvernement sur le Ndjobi, le président Brice Clotaire Oligui Nguema ne propose pas seulement un rite. Il semble surtout rechercher une force de dissuasion que la seule menace de la justice ne suffit plus toujours à produire.
L’idée peut surprendre. Elle mérite pourtant d’être saluée, car elle pose une vraie question : comment faire en sorte que la peur de trahir la parole donnée redevienne plus forte que la tentation de trahir le peuple ?
Dans l’imaginaire traditionnel gabonais, le serment n’est pas une simple formalité. Pour ceux qui croient à la puissance des rites, mentir devant le Ndjobi ou violer une parole donnée peut exposer à une sanction spirituelle redoutée. Chez les Fang, d’autres représentations traditionnelles, notamment autour du Byéri, reposent également sur cette idée d’une responsabilité qui dépasse le monde visible.
Pour beaucoup d’Africains, la prison n’est pas nécessairement la sanction la plus redoutée. La peur d’une sanction spirituelle peut aller beaucoup plus loin.
C’est peut-être cette réalité que le président cherche à mobiliser dans la lutte contre la corruption.
MAIS LA RÉPUBLIQUE NE PEUT PAS DEVENIR UNE SOCIÉTÉ INITIATIQUE
C’est ici que les choses se compliquent.
Faire du Ndjobi une inspiration morale est une chose. En faire une obligation pour tous les ministres en est une autre.
Le Gabon est une République constitutionnelle et un pays culturellement pluriel. Pourquoi imposer le Ndjobi plutôt qu’une autre tradition ? Peut-on contraindre un ministre qui ne partage pas cette croyance à participer à un rite spirituel ?
La liberté de conscience et de religion rendrait une telle obligation particulièrement difficile à défendre juridiquement.
Autre limite : le Ndjobi ne pourrait jamais remplacer la justice. Un ministre qui détourne l’argent public doit répondre devant les juridictions de la République, et non devant une sanction spirituelle.
ALORS, COMMENT MATÉRIALISER L’IDÉE ?
C’est peut-être ici que l’idée présidentielle devient intéressante.
Plutôt que d’imposer le Ndjobi, pourquoi ne pas mettre les valeurs de nos traditions au cœur du serment républicain ?
Honneur. Vérité. Parole donnée. Respect de la communauté. Protection du bien commun. Responsabilité devant le peuple.
Le président veut manifestement aller plus loin dans la dissuasion. Il veut peut-être aussi rappeler que la gouvernance africaine ne doit pas nécessairement se construire en tournant le dos aux ressorts culturels de l’Afrique.
L’idée, dans sa forme obligatoire, se heurterait donc aux principes constitutionnels et à la diversité culturelle du Gabon. Mais son inspiration mérite mieux qu’un simple rejet.
Oligui Nguema vient peut-être d’ouvrir un débat essentiel : et si, pour moraliser l’État, il fallait enfin faire dialoguer la République avec les valeurs profondes de nos traditions ?
Car lorsque la peur de la prison ne suffit plus, la question n’est peut-être pas seulement de durcir la loi. Elle est aussi de retrouver une conscience.






