Dans une Afrique centrale où la manipulation des masses reste l’outil privilégié pour asseoir une légitimité politique, le cas de Brice Clotaire Oligui Nguema se distingue par sa complexité. À la tête du Gabon depuis le renversement du régime oppressif des Bongo, le général-président jouit d’un capital de confiance unique auprès de nombreux Gabonais. Pourtant, il semble pris au piège des vieilles méthodes héritées du système qu’il a contribué à renverser.
Contrairement à ses homologues d’Afrique centrale, comme Paul Biya au Cameroun ou Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale, qui s’appuient sans réserve sur la manipulation des masses et les démonstrations artificielles de soutien, Brice Oligui Nguema n’a pas besoin de ces mascarades pour asseoir sa légitimité. Son arrivée au pouvoir a été saluée comme une libération par une large partie de la population gabonaise, épuisée par plus de 50 ans d’un régime autoritaire et corrompu.
Les premiers actes du général-président, tels que la lutte contre les privilèges indécents et les réformes institutionnelles, ont renforcé cette adhésion populaire. Ces réalisations, reconnues par une grande majorité des Gabonais, devraient suffire à construire une base solide pour son leadership. Mais, ironie du sort, les vieilles pratiques du régime déchu continuent de s’infiltrer dans son administration, portées par des manipulateurs nostalgiques de l’ancien système.
Ces manipulateurs, souvent issus de l’appareil politique de l’ancien régime, tentent de convaincre Oligui Nguema que des marches de soutien orchestrées, des discours flatteurs et des démonstrations de loyauté en façade sont essentiels pour renforcer son pouvoir. Ces méthodes, utilisées autrefois pour maintenir la dynastie Bongo, ont pourtant montré leurs limites : elles éloignent les dirigeants des aspirations réelles des populations et créent une illusion de consensus national.
Au Cameroun, la mobilisation des chefs traditionnels pour soutenir la candidature de Paul Biya à 92 ans, ou encore les manifestations de masse en Guinée équatoriale à la gloire de Teodoro Obiang Nguema, illustrent cette dynamique. Dans ces pays, la manipulation des masses n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer des régimes en décalage total avec les attentes de leur peuple.
Brice Oligui Nguema a pourtant l’opportunité d’échapper à ce piège. Contrairement à ses pairs, il bénéficie encore d’un large soutien populaire, non pas à cause de campagnes de propagande ou de chants à sa gloire, mais grâce à des actions concrètes. Le peuple gabonais lui est reconnaissant d’avoir mis fin à des décennies d’oppression.
Cependant, ce soutien sincère pourrait s’éroder si le président continue de tolérer ces pratiques héritées d’un autre temps. Les Gabonais attendent un leader qui incarne une véritable rupture, pas un chef d’État entouré de courtisans recyclant les stratégies du passé.
Si Oligui Nguema veut conserver sa crédibilité et écrire une nouvelle page de l’histoire gabonaise, il doit se libérer des ombres du régime Bongo qui planent encore sur sa gouvernance. La manipulation des masses et les démonstrations artificielles de soutien sont des pièges qui risquent de ternir son mandat et de l’éloigner des aspirations populaires.
Le peuple gabonais, comme une partie de la jeunesse en Afrique centrale, aspire à des leaders charismatiques, porteurs d’idéaux et d’actions concrètes. Ce ne sont pas les vieilles ficelles politiques qui feront élire Brice Oligui Nguema, mais bien ses réalisations et son engagement à transformer durablement le Gabon.
En renonçant aux artifices du passé, le président pourrait non seulement s’affirmer comme un leader moderne et respecté, mais aussi redonner espoir à une région trop longtemps prisonnière de ses propres méthodes politiques archaïques. Brice Oligui Nguema a les cartes en main pour ne pas être un simple héritier des pratiques du passé, mais un précurseur d’un avenir plus juste et inclusif.
