Les tensions observées au sein de la mairie de Libreville, notamment autour du vote du budget, continuent de susciter interrogations et inquiétudes.
Dans cette rubrique »Dis nous tout » , notre rédaction donne la parole à un agent municipal qui a souhaité s’exprimer sur les événements récents.
Un témoignage brut, engagé, qui reflète un malaise interne grandissant.

Nous publions ci-dessous l’intégralité de sa déclaration.
Déclaration intégrale de l’agent municipal
Il est urgent et nécessaire de rappeler aux Gabonais que nous sommes, ainsi qu’au Président de la République, Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, les raisons profondes du 30 août 2023.
Le 30 août 2023 n’est pas une date comme les autres. C’est l’aboutissement de plusieurs tentatives, l’oméga des pleurs d’un peuple qui n’espérait plus, qui n’y croyait plus. Mais c’est aussi l’alpha d’un nouveau départ.
L’alpha d’un Gabon plus juste.
L’alpha d’un Gabon où de nouveaux visages accèdent aux responsabilités.
Aujourd’hui, nous voyons à la tête de l’État un homme comme le Président de la République. À Libreville, un homme comme Pierre Matthieu Obame Etoughe. Et dans les institutions, de nouveaux profils émergent enfin.
Pendant longtemps, ce pays semblait appartenir à une minorité. Désormais, sans distinction de famille, de parti ou de religion, les Gabonais accèdent aux responsabilités.
Monsieur le Président, vous êtes un Gabonais parmi d’autres, propulsé à une fonction aussi élevée que délicate. Vous n’êtes pas parfait, personne ne l’est mais vous avez engagé un combat contre les dérives qui ont conduit à la rupture du 30 août.

Aujourd’hui, ce combat se joue aussi à la mairie de Libreville.
Le maire traverse une épreuve. Une épreuve difficile. Mais ce qui choque, ce n’est pas l’opposition c’est ce qui vient de son propre camp.
Parce que oui, aujourd’hui, il est combattu de l’intérieur.
Pourquoi ? Parce que vous l’avez investi. Parce que vous lui avez confié une mission lourde : restaurer l’Hôtel de Ville, dans le fond comme dans la forme.
C’est un chantier de cinq ans. Un combat. Il fera des erreurs. Il devra les corriger. Il tombera et devra se relever.
Mais ce qui s’est passé lors du conseil municipal dépasse le cadre normal de la politique.
Comment comprendre qu’un budget validé en amont devienne subitement un problème en séance ?
Comment comprendre que des alliés s’attaquent publiquement à leur propre maire ?
Ce jour-là, certains n’étaient pas venus pour construire.
Ils étaient venus pour bloquer.
Des adjoints au maire ont voté contre. D’autres ont feint de découvrir un document qu’ils connaissaient déjà. Certains conseillers, choqués, ont préféré s’abstenir.
Ce qui s’est produit n’a rien d’un débat démocratique normal.
La démocratie a ses règles.
Ce que nous avons vu n’en avait aucune.
Il y a un ordre du jour dans un conseil municipal.
Il y a des cadres pour débattre, contester, proposer.
Le point des divers existait. Les amendements étaient possibles. Un report pouvait être envisagé.
Mais non.
Ce jour-là, l’objectif n’était pas d’améliorer.
L’objectif était d’empêcher.
Et à ce niveau, il faut appeler les choses par leur nom.
Ce n’est plus de la politique.
C’est une exécution.
Monsieur le Président, une commission d’enquête serait en cours. C’est nécessaire. Parce que ce qui s’est passé est grave.
Aujourd’hui, cela se passe à la mairie.
Demain, cela peut se reproduire ailleurs.
Le 30 août 2023 devait mettre fin à ces pratiques.
Pas leur offrir un nouveau terrain d’expression.
Le Gabon n’a pas besoin de ça.
Votre parti non plus.
Le maire de Libreville doit travailler.
Il doit dérouler sa feuille de route.
Il doit corriger ses erreurs dans la sérénité, pas sous les coups de ses propres alliés.
Il est encore temps de stopper cette dérive.
Au-delà de la virulence du propos, ce témoignage met en lumière une réalité préoccupante : les tensions internes peuvent fragiliser une gouvernance plus sûrement que l’opposition elle-même.
À Libreville, une question demeure : le renouveau promis survivra-t-il à ses propres contradictions… ou s’effondrera-t-il sous le poids de ses divisions ?






