Alors que les autorités gabonaises entament une lutte acharnée contre le phénomène des usuriers, qualifiés de criminels financiers, une question fondamentale reste en suspens : que deviendront les Gabonais en détresse financière lorsque ces prêts “à intérêt” seront interdits ?
L’enquête menée par la DGCCRF a permis de mettre en lumière un réseau complexe de collaborations entre certaines entreprises tenues par des Libanais et Camerounais et des établissements bancaires locaux tels que la BICIG, l’UGB et La Régionale d’Épargne et de Crédit. Ces derniers sont accusés de complicité dans des pratiques d’usure à travers des entreprises comme ABS CENTER, CENEQ, CENTRAL D’ACHAT, et bien d’autres. Les autorités envisagent des sanctions sévères contre ces acteurs mafieux, ce qui est, en soi, une avancée notable.
Cependant, cette démarche soulève une problématique majeure : les usuriers comblent un vide que ni les banques ni l’État ne sont actuellement capables de remplir. Lorsqu’un salarié à faible revenu fait face à une urgence – maladie, décès ou autre – il se tourne vers ces prêteurs, faute d’alternatives.
Pourquoi des milliers de Gabonais continuent-ils de dépendre de ces circuits informels ? Parce que les banques, censées être les principales pourvoyeuses de crédit, se montrent inaccessibles pour une grande partie de la population. Les formalités complexes, les garanties impossibles à fournir, et les délais interminables écartent les Gabonais les plus vulnérables des circuits officiels de crédit.
Dans ce contexte, les usuriers – bien que leur pratique soit critiquable – deviennent des sauveurs pour des familles en détresse. Interdire ces pratiques sans offrir des alternatives viables équivaut à priver les Gabonais de leur dernier recours.
Si les autorités veulent réellement éradiquer l’usure, elles doivent impérativement mettre en place des mesures d’accompagnement. Voici quelques pistes à envisager :
- Créer un système de microcrédit accessible : Inspiré des modèles de microfinance, il pourrait proposer des prêts à faible taux d’intérêt pour les urgences.
- Simplifier l’accès aux prêts bancaires : Réduction des exigences administratives et facilitation de l’octroi de petits montants sans garanties excessives.
- Établir un fonds d’urgence social : Financé par l’État ou des partenaires privés, il permettrait d’aider les citoyens en cas de coup dur.
Si cette lutte contre l’usure ne s’accompagne pas de solutions concrètes, elle risque de creuser davantage les inégalités sociales et de renforcer la précarité. Les Gabonais en détresse continueront de chercher des alternatives, légales ou non, pour survivre.
Les autorités gabonaises doivent donc aller au-delà de la répression et adopter une approche globale. La lutte contre l’usure n’est pas seulement une question de justice, c’est aussi une question de solidarité et d’équité sociale.
