Une déclaration de John Fred NDONG Ondo qui pose, sans détour, la question de la confiance dans l’institution judiciaire.
Il y a des moments où une institution ne peut plus se contenter de regarder ailleurs. Lorsque les critiques visant la justice se multiplient, lorsque des citoyens disent ne plus comprendre certaines procédures et lorsque la confiance dans l’institution judiciaire commence à se fissurer, le débat dépasse nécessairement les seuls professionnels du droit.
C’est précisément dans ce contexte que John Fred NDONG Ondo livre une réflexion particulièrement sévère sur l’état de la justice et sur les conséquences que pourraient avoir certaines dérives sur la crédibilité de l’État de droit.
Son propos ne s’attarde pas uniquement sur les magistrats ou sur les procédures. Il pose une question beaucoup plus large : que reste-t-il de la confiance citoyenne lorsque celui qui est censé rendre justice devient lui-même l’objet des interrogations ?
Dans une déclaration que nous publions intégralement ci-dessous, John Fred NDONG Ondo revient notamment sur la crise de confiance entre les citoyens et la justice, les tensions au sein de l’institution judiciaire, les procédures disciplinaires annoncées et la nécessité, selon lui, d’une véritable refondation.
LA DÉCLARATION DE JOHN FRED NDONG ONDO
« Dans un État de droit, l’indépendance du magistrat ne saurait être un pouvoir discrétionnaire affranchi du droit ; elle est au contraire la charge la plus exigeante au service du citoyen. »
L’actualité judiciaire nous place aujourd’hui face à une vérité incontournable, aussi urgente qu’inconfortable : l’appareil judiciaire, censé être le rempart ultime contre l’arbitraire, est lui-même rattrapé par ses démons.
Entre détentions irrégulières, procédures dévoyées, décisions inéquitables et soupçons d’affranchissement des règles élémentaires de la légalité, c’est le cœur même de notre pacte républicain qui est mis à l’épreuve.
LA RUPTURE DU PACTE DE CONFIANCE CITOYEN ET LA CRISE DE L’INCOMPRÉHENSION
Le citoyen, spectateur trop souvent impuissant, ne comprend plus rien à la procédure, qu’il s’agisse des interpellations ou des conditions d’emprisonnement.
La justice devient elle-même totalement incomprise.
Comment s’étonner dès lors de la formule désabusée, prononcée publiquement par l’ancien Premier ministre Ndong Sima : « À quoi bon porter plainte ? ». Lorsqu’un tel fossé abyssal se creuse entre l’idéal de justice et la réalité vécue dans les prétoires, la crise cesse d’être corporatiste pour devenir éminemment politique et sociale.
Entre la défiance exprimée jusqu’au sommet et la multiplication des requêtes dénonçant l’arbitraire, la rupture est consommée.
ENTRE ASSAINISSEMENT DISCIPLINAIRE ET TENSIONS INTERNES
Certes, les échéances disciplinaires qui s’annoncent et la mise en cause de magistrats traduisent une volonté de rompre avec l’omerta.
Les rapports de l’Inspection générale et la saisine du Conseil supérieur marquent une rupture salutaire face aux dérives constatées.
Cependant, cette purge apparente met à nu de profondes fractures au sein de la maison justice.
Les bras de fer entre les autorités de régulation et les organisations syndicales, à l’instar du SYNAMAG, témoignent d’un climat de tension où la défense des garanties statutaires se heurte parfois à l’impératif de moralisation.
Ces secousses internes montrent que le redressement de l’institution sera un chemin semé d’embûches, où le corporatisme ne doit jamais l’emporter sur l’intérêt général.
LES CONDITIONS D’UNE REFONDATION DURABLE
Ces sursauts suffiront-ils à panser les plaies d’un système sclérosé ? La réponse ne viendra pas seulement des sanctions prononcées ou des radiations exemplaires.
Elle dépendra de notre capacité collective à poser les vraies questions de fond :
Comment redonner au justiciable la certitude absolue que la loi s’applique avec la même rigueur pour tous ?
Comment rendre à nouveau lisibles et transparentes les procédures d’interpellation et de détention pour le citoyen ?
Comment concilier l’indépendance indispensable du magistrat et sa responsabilité inaliénable devant la société ?
CONCLUSION : LE TEMPS DU SURSAUT RÉPUBLICAIN
Au bout du compte, cette mise en accusation de la justice par elle-même ne doit pas être perçue uniquement comme un naufrage, mais comme la radiographie lucide d’un mal qu’il est encore temps de guérir.
Dans un État de droit, l’indépendance du magistrat ne saurait être un pouvoir discrétionnaire affranchi des règles ; elle est au contraire la charge la plus exigeante au service du citoyen.
Il nous appartient aujourd’hui de dépasser le simple constat d’échec pour rebâtir une institution digne de la confiance publique, intègre et résolument fidèle aux promesses de la République.
LE REGARD DE LA RÉDACTION
La force de cette déclaration tient moins à la sévérité des mots employés qu’à la question qu’elle pose à l’ensemble de la société : peut-on demander au citoyen de croire en la justice si la justice ne parvient plus elle-même à convaincre de son impartialité ?
Le débat mérite d’être posé sans passion, mais surtout sans complaisance.
La justice ne peut être au-dessus du droit. L’indépendance du magistrat est indispensable à la démocratie, mais elle ne saurait devenir un espace où la responsabilité disparaît. De la même manière, la volonté d’assainir l’institution ne devrait jamais devenir un prétexte à l’arbitraire ou au règlement de comptes.
Pour la rédaction, l’enjeu dépasse donc les personnes actuellement mises en cause. Il concerne la confiance que le citoyen place dans la République lorsqu’il franchit la porte d’un commissariat, d’une prison ou d’un tribunal.
Une institution judiciaire forte n’est pas celle qui ne connaît jamais de dysfonctionnements. C’est celle qui sait les reconnaître, les corriger et rendre des comptes.
Le Gabon est aujourd’hui engagé dans une nouvelle séquence de son histoire institutionnelle. Cette période impose à toutes les composantes de l’État une exigence particulière : ne jamais demander au citoyen de croire aveuglément, mais lui donner des raisons concrètes de croire.
Et en matière de justice, ces raisons commencent par une chose simple : la loi doit être la même pour tous.






