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LIBRE PROPOS — PARTIS POLITIQUES : QUAND LA LOYAUTÉ AU CHEF SUPPLANTE LES CONVICTIONS

Last updated: 16 septembre 2026 22h49
Published: 16 septembre 2026
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Pierre Nsala Ondong

Et si le véritable problème de nos partis politiques n’était plus leur capacité à conquérir le pouvoir, mais leur tendance à s’accommoder d’une place autour du pouvoir ?

La question mérite d’être posée au moment où le débat sur la construction de la Ve République gabonaise remet au centre de la scène la responsabilité des citoyens, des militants et des organisations politiques.

Dans une déclaration au ton particulièrement critique, Pierre Nsala Ondong, ancien candidat indépendant aux élections législatives dans le 1er arrondissement de Ntoum, s’interroge sur la finalité même de l’engagement partisan : le citoyen adhère-t-il à un parti pour participer à la construction de la nation ou pour célébrer indéfiniment celui qui le dirige ?

Pour lui, un parti politique devrait avant tout être un espace de réflexion, de confrontation des idées et de construction d’un projet collectif. Or, estime-t-il, la réalité observée au Gabon semble parfois s’éloigner de cette vocation.

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Le principal reproche formulé par Pierre Nsala Ondong concerne la personnalisation excessive de la vie politique. Selon lui, dans certains partis, le projet collectif finirait par passer derrière la personne du leader. La fidélité personnelle deviendrait alors plus importante que les convictions, tandis que la critique interne serait progressivement assimilée à de l’indiscipline.

Une situation qui, à ses yeux, transforme le militant en simple instrument de mobilisation et de propagande.

« Dans un tel fonctionnement, le parti politique est devenu une structure où l’on applaudit davantage qu’on ne réfléchit », dénonce-t-il.

Une formule qui résume le cœur de son interpellation : lorsqu’un militant est davantage récompensé pour son aptitude à applaudir que pour sa capacité à proposer, questionner ou contester, le parti risque de perdre progressivement sa fonction première de formation politique.

Pierre Nsala Ondong va plus loin en s’interrogeant sur le comportement des partis lors de la dernière élection présidentielle. Il estime que le choix de plusieurs formations politiques, notamment historiques, de soutenir un candidat indépendant aurait révélé, selon son analyse, une faiblesse de leurs propres convictions et de leur capacité à porter directement un projet de société devant les électeurs.

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Son raisonnement est simple : si un parti prétend disposer d’une vision pour le pays, pourquoi renoncer à présenter cette vision à l’élection présidentielle, qui constitue précisément l’une des voies permettant d’accéder au pouvoir exécutif et de mettre en œuvre un programme ?

La question est volontairement provocatrice. Elle renvoie à un débat plus large sur la fonction réelle des partis dans une démocratie.

Sont-ils des instruments de conquête du pouvoir ? Des écoles de formation citoyenne ? Des espaces de débat idéologique ? Ou, progressivement, des structures permettant à quelques responsables de conserver une influence politique ?

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Pierre Nsala Ondong parle même de « fonds de commerce politique », estimant que certains partis chercheraient moins à exercer pleinement le pouvoir qu’à conserver une parcelle d’influence dans le système.

Une lecture qui reste la sienne, mais qui mérite d’être discutée.

Car le problème soulevé dépasse largement la seule question des dirigeants. Il concerne également les militants. Peut-on construire une démocratie solide avec des militants qui n’osent plus questionner les décisions de leur propre formation ? Peut-on parler de débat politique lorsque la critique est systématiquement perçue comme une trahison ?

L’auteur de la déclaration invite ainsi les partis à répondre à plusieurs questions fondamentales : Quel est leur idéal pour le Gabon ? Quelle place donnent-ils à la participation citoyenne ? Les militants peuvent-ils réellement discuter et contester les orientations ? Les responsables rendent-ils compte de leur action ? Une relève est-elle préparée ? Et surtout, l’intérêt national passe-t-il avant les intérêts particuliers ?

Ces interrogations prennent une résonance particulière dans le contexte de la Ve République, où la reconstruction des institutions et du rapport entre citoyens et pouvoir constitue un enjeu majeur.

Pierre Nsala Ondong convoque également la pensée de Simone Weil, qui, dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques, rédigée en 1940 et publiée à titre posthume en 1950, développait une critique radicale du fonctionnement partisan. Elle reprochait notamment aux partis de favoriser la passion collective et de faire pression sur la pensée individuelle.

Mais faut-il pour autant supprimer les partis politiques ? La déclaration de Pierre Nsala Ondong ne répond pas directement à cette question. Elle invite plutôt à s’interroger sur ce que deviennent les partis lorsque leur survie institutionnelle, leur leader ou leur influence prennent le dessus sur les idées qu’ils étaient censés défendre.

Au fond, son message est peut-être moins une condamnation des partis qu’un appel à leur retour à leur vocation première : former des citoyens, faire émerger des idées, organiser le débat et proposer une vision pour la nation.

Car une démocratie ne peut durablement reposer uniquement sur l’enthousiasme autour d’un homme. Elle a besoin d’institutions, de convictions, de débats contradictoires et de citoyens capables de penser par eux-mêmes.

C’est précisément sur ce terrain que Pierre Nsala Ondong conclut son interpellation : aux militants comme aux responsables politiques de se poser les « vraies questions » pour contribuer à la construction de la Ve République.

Un débat qui, manifestement, ne fait que commencer.

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