À l’approche des législatives, une question dérangeante s’impose : les artistes gabonais vont-ils, une fois de plus, prêter leurs voix aux candidats du pouvoir en place, comme ils l’ont fait pour le général-président Brice Clotaire Oligui Nguema lors de la Transition ?
Tout porte à croire que oui. Car au Gabon, l’artiste ne se déplace plus par conviction, mais au bruit d’un billet. Il ne milite pas pour des idées, encore moins pour des causes nobles, mais pour la survie de ses factures. Peu importe que les promesses culturelles restent lettre morte, que les droits d’auteur soient méprisés, que les maisons de la culture ne sortent jamais de terre. Offrez-leur un cachet, et ils chanteront, même au bord de l’abîme
Le candidat Oligui Nguema sur scène lors de sa dernière campagne présidentielle.


Certains espéraient qu’après le coup d’État du 30 août 2023, l’artiste gabonais deviendrait un acteur critique, un éveillé. Mais les faits sont têtus. Sous le régime de Transition, la politique artistique est restée inégalitaire : voitures offertes à quelques-uns, logements réservés à certains proches, nominations à d’autres… Pendant ce temps, la majorité reste clouée dans la précarité, obligée de supplier pour une prestation, une reconnaissance, un petit rien.
Aujourd’hui, le vent gronde dans les milieux culturels. Beaucoup murmurent leur colère, leur désillusion. Mais ce vent risque encore de retomber si les candidats de l’UDB bras politique du pouvoir arrivent avec des valises pleines. Car l’artiste gabonais est devenu, dans l’imaginaire collectif, une sorte de prostitué politique : il s’offre au plus offrant, sans éthique, sans colonne vertébrale, sans honte.
L’artiste André Pépé Nze recevant les clés d’un véhicule pick-up tout neuf des mains du chef de l’État

Résultat : on ne le respecte plus. On l’utilise. On le jette. Et lui, souvent, revient chanter pour celui-là même qui le méprise.
À l’approche de ces élections, les artistes gabonais doivent se regarder en face. Leur silence ou leur docilité ne seront jamais récompensés par l’histoire. Ils étaient censés incarner la voix des sans-voix, ils ne sont plus que l’écho des puissants. Ils devaient être porteurs de courage, ils sont devenus des amplificateurs de propagande.
Alors, s’ils choisissent encore de chanter pour les candidats du pouvoir, qu’ils ne viennent plus pleurer ensuite l’injustice ou l’humiliation. Car un artiste qui se vend ne récolte jamais le respect. Il récolte l’oubli.
Et l’histoire, elle, ne retient que ceux qui ont su dire non. Pas ceux qui ont toujours dansé pour le roi.












