Cet article est rédigé à partir de l’interview exclusive accordée par Brice Laccruche Allianga à TV5 Monde (Journal d’Afrique).
Il était une fois un homme que beaucoup pensaient disparu à jamais de la scène politique gabonaise. Condamné pour détournement de fonds publics, enfermé pendant quatre ans dans une cellule minuscule, rongé par la maladie, Brice Laccruche Allianga revient, non pas en simple figurant, mais en conseiller stratégique de ce parti « neuf » qu’on nous vend : l’Union des bâtisseurs, incarnant le « renouveau » du président Brice Oligui Nguema.
Mais comment incarner un renouveau quand on fut directeur de cabinet d’Ali Bongo, le prince héritier du cartel Bongo-Valentin, cette dynastie monarchique qui fait du Gabon un royaume à vie ? M. Laccruche ne fuit pas la question. Il lève le voile avec un franc-parler désarmant : « Ce système, c’est une mafia, un cartel. Une fois dedans, on ne sort que par la mort ou la prison. Moi, j’ai payé le prix fort. »
Ce « revenant », qui se décrit lui-même comme Saul devenant Paul, ne mâche pas ses mots à l’encontre de ses anciens bourreaux encore libres : « Ils essaient de se victimiser, c’est insupportable pour moi et pour les Gabonais. » On sent que l’amertume est profonde, la rancune tenace.
Mieux encore, il dévoile un épisode digne d’un roman d’espionnage : convoqué en novembre 2023 par Noureddin Bongo, le fils du président, celui-ci lui aurait demandé s’il était « avec lui ou contre lui », avant d’annoncer qu’il allait lui faire purger 25 à 30 ans de prison. Voilà pour la « loyauté » familiale.
Sur le terrain politique, M. Laccruche préfère jouer l’homme raisonnable, se présentant en artisan discret du changement, prêt à accompagner le « renouveau » depuis l’Union des bâtisseurs, un parti composé à 95 % de nouveaux cadres, paraît-il. Mais à entendre son récit, l’ancien bras droit d’Ali Bongo a bien du mal à croire qu’un véritable vent de fraîcheur puisse souffler au Gabon, terre d’intrigues et de compromissions anciennes.
Quant à la fameuse commission vérité, justice et réconciliation tant réclamée par l’opposition, il ne cache pas son scepticisme, invitant plutôt à laisser la justice faire son travail une justice à laquelle il fait lui-même confiance, lui qui, malgré sa condamnation, est revenu au pays pour affronter son procès, contrairement à d’autres qui préfèrent Londres et la convalescence à l’étranger.
En somme, Brice Laccruche Allianga incarne cette ambivalence troublante de la politique gabonaise : l’ancien système dans la peau, mais la volonté sincère ou du moins affichée d’en tourner la page. Reste à savoir si les Gabonais sauront distinguer le vrai du faux dans ce jeu d’ombres et de trahisons.











