Pour la rédaction du magazine Super Star, le Mvett n’est pas un simple art : c’est une mémoire vivante, une intelligence transmise, un combat symbolique pour la reconnaissance des peuples Ékang. À travers la voix de Tsira Jean Etougou Ndong, cet art millénaire vient de faire son entrée magistrale sur la scène mondiale, à Osaka, au Japon.
Par la Rédaction du magazine Super Star
Il y a des victoires silencieuses qui en disent long sur la résilience d’un peuple et la grandeur d’un héritage. Lorsque le Mvett résonne à Osaka, porté par un survivant comme Tsira Jean Etougou Ndong, c’est toute une civilisation qui prend la parole face au monde. Et ce que ce monde découvre, c’est un art noble, profond, codifié, enraciné. Un art qui survit, transmet, éclaire, et qui refuse de mourir malgré les silences de l’État et les désamours politiques.
Nous partageons ici une réflexion puissante, lucide et documentée, signée par Ella Engonga, l’un des Fono du pays Yenguin, digne fils d’une lignée de lettrés et d’initiés. Qu’on lise, qu’on médite, et qu’on entende : l’Afrique pense. Et elle le dit.


Ci-dessus Pr Steeve Elvis Ella
À propos du Mvett Ékang et d’Ékang
Par Ella Engonga, Fono du pays yenguin, à Zogongone. Fils de Dido.
Le Mvett est à OSAKA, au Japon, représenter le Gabon, et plus largement le pays ékang, à travers la figure de Tsira Jean Etougou Ndong, moane yenguin y’Andom.
Ci-dessous ,Tsira Jean Etougou Ndong.


Liminaire : Tsira ETOUGOU NDONG, fils biologique et spirituel de Tsira Ndong Essono (yenguin d’Andom) et Tsira Zue Nguema (yenguin d’Anguia), à Oyem, a subi un AVC il y a près de trois (3) ans. Et c’était une gageure pour lui, de répondre présent à cette grande messe culturelle et démontrer à la face du monde que le Mvett ne mourra pas, selon le précepte assouméen. Pari gagné, pari réussi ! pour ceux qui n’y croyaient pas… Il joue, articule et déclame sa logorrhée comme à son firmament.
Trois leçons majeures à retenir pour la postérité :
- Le Mvett, patrimoine vivant de l’humanité
Le Mvett, art oratoire initiatique, épopée, culture ou tradition perpétuée depuis des temps immémoriaux par des artistes harpistes et maîtres de la parole, du Verbe, vient, à nouveaux frais, d’être reconnu à sa juste mesure comme faisant partie du patrimoine historique mondial de l’humanité. Cette rencontre des cultures a réuni, en effet, plusieurs domaines de la culture africaine, dont le Mvett. Preuve que cet art est vivant et continue à se perpétuer de maître à disciples. - La réappropriation de l’identité Ékang
Ceux que l’histoire a appelés, peut-être improprement, Fang, se réapproprient leur histoire en se désignant du nom générique de Ékang : peuples de la lettre issue du Gabon, du Cameroun, de Guinée équatoriale, de la République populaire du Congo, etc. - Une civilisation de la lettre, du verbe et du sacré
Au sujet du nom Ékang, du verbe akang : calligraphier, peindre, dessiner, respecter, honorer, suivant les variantes dialectales de la langue, elle-même à ton au demeurant. Le terme ékang désigne étymologiquement, « la lettre », au pluriel : bikang, les lettres. Il s’agit, donc, d’un peuple de lettrés dont le destin est rattaché à la lettre, au verbe, à l’intelligence millénaire.
Ékang désigne aussi le fruit de l’arbre alén : « ékang alén », qui renvoie aux fruits et aux épines qui accompagnent les noix de palme. L’artiste Pierre Claver Zeng chantait Ékang ye Ngom : en parallèle symétrique entre le porc-épic et les noix de palme, ce qui se traduit en français par la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ».
Ékang, désigne par ailleurs, les Immortels d’Engong dont le patriarche émérite est Ékang Nna. D’où le Mvett Ékang Nna Mengome, pour dire le récit épique qui raconte les hauts faits des immortels d’Engong, peuple qui sert d’archétype aux peuples historiques du bassin du Congo, à partir de quoi ils s’y identifient. Les Ékang sont un peuple de lettrés, d’artistes qui exaltent l’intelligence humaine. Les cordes du Mvett sont elles-mêmes bikang, des lettres. Chaque note renvoyant à une lettre.
Par la Rédaction du magazine Super Star
Le Japon a voulu réunir les cultures pour comprendre ce qui, au fond, unit les peuples dans l’humanité. Pendant ce temps, chez nous, au Gabon, la culture reste sous-financée, reléguée au rang de vitrine folklorique pour discours officiels. Il est temps d’en finir avec cette politique méprisante et de remettre les artistes, les penseurs et les gardiens du Verbe au cœur du projet national.
Le Mvett n’est pas un spectacle : c’est un système de pensée, un enseignement de vie, une sagesse. Soutenir la culture, c’est garantir la survie de ce que nous sommes.





