Pris sur le vif
Le 12 est passé. Les danses aussi. Les tenues traditionnelles ont fait leur effet, les chants ont résonné, les photos ont envahi les réseaux sociaux et chacun y est allé de son discours sur l’amour du Woleu-Ntem et la fierté d’appartenir à une même communauté.
Magnifique ! Mais après ?
C’est précisément cette question qui dérange.
Dans un forum des ressortissants Fang d’Oyem, une réflexion particulièrement incisive vient de remettre le sujet sur la table : « pourquoi sommes-nous si prompts à revendiquer notre appartenance lorsqu’il s’agit de faire la fête, mais parfois si difficiles à trouver lorsqu’il faut aider concrètement les nôtres ? »
La question est brutale. Mais elle mérite d’être posée.
Car être du Woleu-Ntem ne devrait pas seulement signifier porter une tenue traditionnelle, participer à une cérémonie, chanter son identité ou afficher fièrement ses origines sur les réseaux sociaux.
L’identité ne devrait pas être un costume que l’on sort les jours de fête.
Elle devrait aussi se traduire par des actes.
Un jeune diplômé sans emploi ne demande pas forcément qu’on lui offre un poste. Il peut simplement avoir besoin qu’une porte s’ouvre, qu’un conseil lui soit donné ou qu’une personne bien placée accepte de le mettre en relation avec la bonne personne.
Un jeune entrepreneur ne réclame pas nécessairement de l’argent. Il peut avoir besoin d’un accompagnement, d’une orientation, d’une formation ou simplement d’un coup de pouce.
Et c’est là que la réflexion devient gênante.
Certains fils et filles du Woleu-Ntem occupent aujourd’hui des postes importants, disposent de réseaux et ont accès à des opportunités. Mais dans quelle mesure cette réussite individuelle profite-t-elle au collectif ?
La question ne consiste évidemment pas à demander aux cadres, aux entrepreneurs, aux élus ou aux responsables de résoudre à eux seuls les problèmes de toute une province.
Il s’agit simplement de rappeler une évidence : quand on a reçu beaucoup, on peut aussi transmettre quelque chose.
Une recommandation. Une opportunité. Une formation. Un conseil. Une mise en relation.
Parfois, une seule porte ouverte suffit à changer le destin d’un jeune.
Alors pourquoi cette solidarité semble-t-elle parfois si forte dans les discours et si faible dans les actes ?
Pourquoi être capable de mobiliser autant d’énergie pour célébrer son identité, mais beaucoup moins lorsqu’il faut accompagner concrètement sa jeunesse ?




Être Fang seulement lorsqu’il faut danser ?
La provocation est volontaire.
Parce que l’attachement à une communauté ne se mesure pas uniquement au nombre de photos prises en tenue traditionnelle ou aux discours prononcés lors des cérémonies.
Il se mesure aussi au nombre de mains que l’on a tendues.
Le 12 fut donc le 12.
La fête est passée. Les tambours se sont tus. Les tenues ont regagné les placards et les réseaux sociaux vont bientôt passer à autre chose.
Mais les difficultés, elles, sont toujours là : chômage des jeunes, manque d’opportunités, précarité, difficultés des familles et absence de perspectives pour une partie de la jeunesse.
Alors, après le folklore, place aux actes ?
Car peut-être que la plus belle manière de prouver son attachement au Woleu-Ntem n’est pas de crier plus fort son identité.
C’est de faire quelque chose pour ceux qui, demain, porteront son avenir.






